La crise diplomatique et militaire entre l'Éthiopie et l'Érythrée a franchi un cap critique, les deux nations s'accusant mutuellement d'agression armée sur leur territoire frontalier. Cette montée des tensions, marquée par des signalements de mouvements de troupes dans le Tigré, menace de déstabiliser durablement une région qui avait pourtant entamé un processus de rapprochement en 2018.
L'incursion militaire au cœur des tensions
Le gouvernement éthiopien a officiellement saisi le Conseil de sécurité des Nations unies pour dénoncer ce qu'il qualifie d'« invasion totale ». Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, Addis-Abeba affirme que des unités érythréennes ont pénétré jusqu'à 60 kilomètres à l'intérieur du territoire éthiopien. Si cette présence est corroborée par des témoignages locaux et des données de l'organisation ACLED, elle constitue, selon les autorités éthiopiennes, une violation manifeste de leur souveraineté justifiant l'exercice du droit à la légitime défense.
La rhétorique de la confrontation à Asmara
De son côté, le gouvernement érythréen rejette catégoriquement ces allégations et inverse la charge. Le ministre de l'Information, Yemane Gebremeskel, soutient qu'Addis-Abeba mène une guerre contre son pays depuis plus de trois ans. Asmara prête à l'Éthiopie des intentions expansionnistes, accusant le gouvernement fédéral de chercher à s'emparer du port d'Assab pour obtenir un accès souverain à la mer Rouge. Cette posture défensive évite toutefois de répondre directement aux rapports faisant état de la présence de soldats érythréens sur le sol éthiopien.
Un climat de rupture diplomatique
La situation est aggravée par la rupture récente des relations diplomatiques entre les deux voisins. Addis-Abeba accuse également Asmara de soutenir une alliance rebelle active depuis le 23 septembre dans les régions du Tigré, de l'Amhara et de l'Afar, une implication que l'Érythrée dément formellement. Face à cette dégradation rapide, la Commission de l'Union africaine a lancé un appel à la retenue le 1er octobre, proposant ses bons offices pour engager une désescalade. Ce regain de hostilités marque un retour en arrière brutal après la normalisation des relations amorcée il y a six ans, mettant fin à deux décennies de tensions gelées.