Les territoires ultramarins français engagent une stratégie de diversification de leur clientèle touristique en se tournant vers l'Europe du Nord. Ce pivot stratégique vise à attirer des visiteurs au fort pouvoir d'achat tout en répondant aux impératifs de durabilité, un segment où ces territoires entendent se positionner.
Un levier économique stratégique
Le tourisme représente environ 10 % du PIB des territoires ultramarins, avec 2,2 millions de visiteurs enregistrés en 2025. Pour des destinations comme La Réunion, historiquement dépendantes du marché hexagonal, l'enjeu est de capter une clientèle internationale plus diversifiée. Les professionnels du secteur ciblent désormais les pays scandinaves et baltes, caractérisés par des revenus élevés et une appétence marquée pour les voyages longue distance. Cette approche privilégie la qualité à la quantité, en visant des visiteurs à « forte valeur contributive » plutôt que le tourisme de masse.
L'impact logistique du hub de Roissy
Le transfert des vols vers les outre-mer de l'aéroport d'Orly vers Roissy-Charles de Gaulle est qualifié de « game changer » par les acteurs du tourisme. Cette centralisation facilite considérablement les connexions pour les voyageurs internationaux, supprimant les contraintes de transfert de bagages et de réenregistrement. Air France rapporte déjà une dynamique positive, avec une hausse de 65 % des réservations en provenance d'Europe du Nord entre avril et août 2025, une tendance qui pourrait générer 3 000 visiteurs supplémentaires sur l'année.
L'argument de la durabilité
Au-delà de la connectivité, les outre-mer misent sur leur image environnementale pour séduire une clientèle nordique particulièrement sensible aux enjeux écologiques. Les promoteurs touristiques soulignent que ces visiteurs sont prêts à accepter le coût lié à un tourisme plus respectueux de l'environnement, en opposition aux modèles de complexes hôteliers tout compris. Cette stratégie s'inscrit dans l'objectif gouvernemental d'atteindre 100 milliards d'euros de recettes touristiques nationales d'ici 2030, en s'appuyant sur l'attractivité des destinations ultramarines.
Des connexions internationales renforcées
La stratégie d'ouverture s'étend au Pacifique, où la compagnie Aircalin utilise l'escale de Bangkok comme tremplin pour attirer les voyageurs européens vers la Nouvelle-Calédonie. En Polynésie française, qui a enregistré 281 000 touristes en 2025, l'Europe s'impose déjà comme le premier marché en volume. Ces initiatives confirment la volonté des territoires de s'affranchir d'une dépendance exclusive au marché français pour assurer une croissance plus résiliente et mieux répartie sur l'année.