Les tensions au Moyen-Orient menacent les réserves du Ghana, alerte la Banque centrale

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 31 lectures
Les tensions au Moyen-Orient menacent les réserves du Ghana, alerte la Banque centrale

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les chocs économiques mondiaux ont fait chuter de 1,2 milliard de dollars les réserves internationales du Ghana en seulement trois mois, selon le gouverneur de la Banque du Ghana. Face à cette pression inédite, l’institution monétaire a dû soutenir des secteurs clés de l’économie, révélant les vulnérabilités d’un pays encore en convalescence après des années de crise financière.

Une chute brutale des réserves sous l’effet des crises externes

Les réserves internationales du Ghana sont passées de 14,1 à 12,9 milliards de dollars entre avril et juillet 2024, une baisse de près de 9 % en quelques mois seulement. Le gouverneur de la Banque du Ghana (BoG), le Dr Johnson Asiama, a attribué cette dégradation aux tensions persistantes au Moyen-Orient et aux répercussions des chocs économiques mondiaux. « Les trois à quatre derniers mois ont été particulièrement difficiles pour nos réserves », a-t-il déclaré lors d’un échange avec des étudiants de l’Université du Ghana.

Cette situation a contraint la banque centrale à intervenir pour soutenir des secteurs stratégiques de l’économie, alors que le pays tente de stabiliser sa monnaie et de limiter l’inflation. Le gouverneur a souligné que ces pressions externes s’ajoutent aux défis structurels du Ghana, encore marqués par les séquelles de la crise de la dette et des programmes d’ajustement passés.

Des réserves accumulées pour amortir les chocs, mais insuffisantes

Malgré cette baisse, le Dr Asiama a rappelé que les réserves accumulées en 2023 avaient permis au pays de mieux absorber le choc. « L’une des bonnes décisions de l’an dernier a été de constituer des réserves solides pour faire face à des périodes comme celle-ci », a-t-il expliqué. Cependant, la magnitude des tensions actuelles dépasse les prévisions, mettant en lumière les limites des mécanismes de protection existants.

Pour le gouverneur, ces défis illustrent la nécessité de renforcer la résilience économique du Ghana face aux aléas géopolitiques. Il a évoqué les « choix difficiles » que doivent faire les pays confrontés à des chocs externes, entre stabilité monétaire et soutien à l’activité économique.

Cacao, transferts de fonds et exportations non traditionnelles : les leviers de reconstruction

Pour reconstituer les réserves, la Banque du Ghana mise sur plusieurs pistes. D’abord, le secteur cacaoyer, pilier historique de l’économie ghanéenne, doit retrouver sa compétitivité. Ensuite, les exportations non traditionnelles, qui représentent actuellement environ 10 % des ventes à l’étranger, pourraient être portées à 15 % d’ici quelques années. « Nous devons diversifier nos sources de revenus pour réduire notre dépendance aux matières premières », a insisté le gouverneur.

Autre piste majeure : les transferts de fonds des diasporas, estimés à plus de 8 milliards de dollars par an. Le Dr Asiama a appelé à mieux canaliser ces flux vers des investissements productifs plutôt que vers la consommation, afin de soutenir durablement les réserves et la croissance. Une stratégie qui pourrait, à terme, atténuer la pression sur la balance des paiements.

Un modèle économique à réinventer face aux incertitudes mondiales

Cette crise des réserves révèle une réalité plus large : le Ghana, comme de nombreux pays africains, reste vulnérable aux chocs externes en raison de sa dépendance aux exportations de matières premières et aux flux financiers instables. Les autorités monétaires misent désormais sur une combinaison de politiques macroéconomiques prudentes et de réformes structurelles pour sécuriser l’avenir.

Si les tensions au Moyen-Orient persistent, le pays pourrait devoir ajuster ses priorités budgétaires ou solliciter de nouveaux appuis financiers internationaux. Une chose est sûre : la gestion des réserves ne suffit plus. Il est temps d’agir sur les fondamentaux pour éviter que les prochaines crises ne plongent le Ghana dans une nouvelle spirale de vulnérabilité.

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