Les services de renseignement de plusieurs pays européens ont mis en garde contre une recrudescence des opérations russes ciblant directement les dirigeants et les infrastructures de l'industrie de défense. Cette stratégie, attribuée au renseignement militaire russe (GRU), vise à déstabiliser le soutien industriel apporté à l'Ukraine par des actes de sabotage et des menaces physiques.
Une escalade des opérations hybrides sur le sol européen
La multiplication des incidents récents témoigne d'un changement de posture dans les activités attribuées à Moscou. En Allemagne, les autorités ont pointé la responsabilité du GRU dans une tentative d'attaque par drone contre l'aéroport de Leipzig. Parallèlement, l'Estonie a identifié une main russe dans l'incendie d'un site de l'entreprise Milrem Robotics, tandis qu'en Pologne, le Premier ministre Donald Tusk a qualifié de sabotage sans précédent les dommages causés aux infrastructures ferroviaires en novembre 2025. Ces actions s'inscrivent dans une volonté d'étendre les opérations hybrides au-delà des cibles militaires classiques.
Le ciblage des dirigeants de l'industrie de défense
La menace ne se limite plus aux infrastructures, mais s'étend désormais aux individus. Les services de sécurité ont relevé des projets visant spécifiquement les cadres et dirigeants d'entreprises du secteur, incluant les structures de plus petite taille spécialisées dans la fabrication de drones et de composants technologiques. Ce type de pression n'est pas inédit : dès 2024, un complot visant Armin Papperger, patron du groupe Rheinmetall, avait déjà été déjoué par les autorités, forçant les entreprises du secteur à renforcer drastiquement la protection de leurs cadres.
Un objectif de dissuasion psychologique
Pour les analystes du renseignement, cette campagne poursuit un but essentiellement psychologique. En instaurant un climat d'insécurité permanente, Moscou cherche à dissuader les acteurs industriels européens de poursuivre leur coopération avec l'Ukraine. La difficulté pour les services de sécurité réside dans le caractère imprévisible et parfois amateur de ces tentatives, ce qui contraint les autorités à élargir considérablement le périmètre de surveillance. Si Moscou rejette officiellement ces accusations, les agences européennes considèrent que le niveau de risque pour les biens et les personnes a atteint un seuil critique.