Les monarques igbos de l’Anambra et de l’Enugu ont lancé un appel solennel pour l’éradication du système Osu, une pratique discriminatoire qui persiste dans certaines communautés de la région. Leur intervention, couplée à la sortie prochaine d’un film de Nollywood, marque un tournant dans la lutte contre cette ségrégation ancrée dans les traditions.
Un plaidoyer royal contre l’héritage de l’Osu
Lors de récentes audiences accordées aux équipes du film Properties of the Gods, l’Obi de Onitsha, Alfred Achebe, et le roi de Nnewi, Kenneth Orizu, ont dénoncé avec force le système Osu. Ce dernier, qui classe une partie de la population igbo comme « intouchables », a été qualifié de « honte » et de « relique du passé » par les souverains. Selon eux, cette pratique, fondée sur des croyances superstitieuses, est incompatible avec les valeurs modernes d’égalité et de justice.
Le monarque d’Onitsha a souligné que l’ignorance nourrit les pratiques discriminatoires, rappelant que « tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu ». Il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation sociale pour éradiquer ce système, estimant que les lois seules ne suffiraient pas à changer les mentalités. À Nnewi, le roi a rappelé avoir aboli l’Osu dès 2014, une décision saluée pour son impact sur la cohésion communautaire.
Le cinéma comme levier de changement social
Produit par l’acteur Joseph Okechukwu, Properties of the Gods sortira en salles le 4 septembre. Le film, qui aborde frontalement les conséquences de l’Osu, a reçu le soutien unanime des dirigeants traditionnels. Ces derniers y voient un outil pédagogique pour sensibiliser les populations, notamment les jeunes générations. Un philanthrope igbo, Emmanuel Oko, a salué cette initiative, soulignant que l’Osu freine l’unité et le développement de la communauté.
Les réalisateurs ont précisé que leur œuvre n’a pas pour but de stigmatiser, mais d’ouvrir un dialogue nécessaire. « Notre mission est d’avancer vers une société où les Igbos s’unissent plutôt que de se diviser », a déclaré Okechukwu. Le film est présenté comme une réponse artistique à un enjeu sociétal majeur, où le septième art devient un vecteur de transformation.
Entre avancées et résistances : l’Osu, un défi persistant
Si certaines communautés comme Nnewi ont officiellement aboli l’Osu, la pratique reste ancrée dans des zones comme Nkanu (Enugu), où des discriminations persistent. Les témoignages révèlent des contradictions flagrantes : des personnes qualifiées d’Osu apportent un soutien crucial à des familles, tout en étant ostracisées. Les dirigeants traditionnels appellent à une prise de conscience collective, estimant que l’éducation et la sensibilisation sont les clés pour briser ce cycle.
Leur appel s’inscrit dans une dynamique plus large de remise en question des pratiques traditionnelles jugées obsolètes. Alors que le film s’apprête à marquer les esprits, la question reste : ces initiatives suffiront-elles à faire disparaître une pratique vieille de plusieurs siècles ? Les observateurs soulignent que le combat contre l’Osu dépasse le cadre juridique, exigeant une refonte des mentalités et une adhésion massive à l’idée d’égalité.