À l'occasion de la 15e édition des Universités africaines de la communication de Ouagadougou (UACO), l'analyste politique Claude Wilfried Ekanga a souligné l'urgence pour les acteurs du secteur de s'affranchir des narratifs exogènes. Face à une « guerre communicationnelle » persistante, il appelle à une maîtrise rigoureuse de l'histoire et des réalités du continent pour définir un cap stratégique autonome.
La nécessité d'un changement de paradigme narratif
Pour l'essayiste camerounais, la bataille de l'information ne peut être gagnée sans une réappropriation profonde du récit africain. Il rejette l'idée d'une vérité universelle imposée, arguant que les centres de gravité géopolitiques diffèrent selon les peuples. Selon lui, les professionnels des médias doivent cesser de se conformer à des grilles de lecture étrangères qui nient parfois l'historicité des sociétés africaines. Cette démarche intellectuelle passe par une étude approfondie des figures et des travaux intellectuels du continent, tels que ceux de Joseph Ki-Zerbo, afin de construire une pensée cohérente avec les ambitions africaines.
L'histoire comme outil de résistance intellectuelle
L'analyste insiste sur le lien direct entre la connaissance historique et la souveraineté politique. Il rappelle que l'élimination de figures intellectuelles et politiques marquantes a souvent visé à étouffer l'émergence d'un narratif endogène. En invitant les communicateurs à s'armer de sciences politiques et d'idéologie, il souligne que la maîtrise des technologies de l'information doit être mise au service d'une « renaissance » africaine. L'enjeu est de transformer ces outils en vecteurs de vérité contextuelle plutôt que de simples relais de discours extérieurs.
La dynamique sécuritaire de l'Alliance des États du Sahel
Interrogé sur la situation géopolitique actuelle, Claude Wilfried Ekanga apporte un soutien marqué à la stratégie de l'Alliance des États du Sahel (AES). Il interprète les pressions internationales et médiatiques exercées sur ces pays comme une validation de leur trajectoire souverainiste. La synergie militaire observée au sein de l'AES, illustrée notamment par la reprise de Kidal, est présentée comme une étape cruciale. Selon l'analyste, cette dynamique de coopération mutuelle constitue la voie à suivre pour sécuriser le territoire et protéger les ressources naturelles face aux intérêts étrangers.