Face à l'essor de sociétés proposant des prescriptions de lunettes et de lentilles en quelques heures via des opticiens, le Syndicat national des médecins ophtalmologistes (Snof) monte au créneau. Les praticiens dénoncent une pratique qui s'affranchit du contact direct avec le patient, soulevant des inquiétudes majeures sur la sécurité sanitaire et le respect des règles déontologiques.
Un modèle économique sous le feu des critiques
Le mécanisme en cause repose sur une télé-expertise où l'opticien réalise lui-même l'examen visuel en magasin, transmettant les données à un médecin distant qui valide l'ordonnance sans jamais rencontrer le patient. Si ces entreprises justifient leur activité par la lutte contre les délais d'attente pour consulter un spécialiste, le Snof conteste cette lecture. Selon des données de facturation, ces prescriptions sont majoritairement concentrées dans les grandes métropoles, là où l'offre de soins est pourtant la plus dense, et non dans les zones rurales souffrant de déserts médicaux.
Les risques pour le dépistage des pathologies oculaires
Au-delà de la question de la procédure, les ophtalmologues soulignent un risque médical concret : la sous-détection de pathologies graves. Le syndicat insiste sur le fait que seul un examen clinique complet, réalisé lors d'une consultation physique, permet de diagnostiquer efficacement des maladies comme le glaucome. En se limitant à une simple mesure de la vue, ces dispositifs pourraient retarder la prise en charge de patients nécessitant un suivi médical approfondi.
Un vide juridique à combler
La situation actuelle révèle une zone grise réglementaire. Bien qu'une loi adoptée en juin dernier impose en principe une communication directe entre le médecin et le patient pour toute prescription, les modalités d'application concrètes restent à définir. Les autorités publiques, l'Assurance maladie et les complémentaires santé se trouvent face à un dilemme : comment encadrer ces pratiques pour garantir la sécurité des patients sans freiner l'innovation technologique et le développement de la télémédecine. Le Snof appelle désormais les pouvoirs publics à instaurer un cadre clair pour réguler cette activité de télé-expertise optique.