Trois nouveaux barrages militaires israéliens érigés à Qusra, en Cisjordanie occupée, verrouillent l’accès des familles palestiniennes à leurs terres et à leurs foyers, sous couvert d’un blocus qui s’éternise depuis des semaines. Ces installations, placées stratégiquement autour des habitations, transforment une situation déjà critique en une prison à ciel ouvert, tandis que les colons israéliens maintiennent leur emprise sur les ressources locales.
Un encerclement méthodique des foyers palestiniens
Les trois barrages, composés de barrières métalliques jaunes et orange posées sur des blocs de béton, ont été installés mercredi sur la colline de Ras al-Ain, à l’entrée nord de Qusra. Leur objectif ? Isoler définitivement les maisons situées en contrebas, dont celles de Loui Ridi – un Palestinien-Américain bloqué depuis le 17 août – et d’Abdel Hakim Wadi, dont les terres agricoles, plantées de plus de 100 oliviers, sont désormais inaccessibles. Les barrières encerclent littéralement le sommet de la colline, coupant tout lien entre les habitations et le reste du village, ainsi qu’avec les localités voisines de Talfit et Jalud.
Blocus militaire et colons : une stratégie coordonnée
Malgré les condamnations internationales contre l’attaque des colons israéliens – qui ont coupé eau et électricité aux maisons assiégées depuis le 9 août –, l’armée israélienne a non seulement maintenu le blocus, mais l’a institutionnalisé. Les soldats, stationnés en permanence devant les domiciles, empêchent toute sortie ou entrée libre des résidents. Wadi, dont le puits a été occupé par les colons, dénonce une tactique visant à rendre l’accès à ses terres « impossible même après la levée du statut de zone militaire fermée ». « Ils remplacent simplement les colons par l’armée, mais le siège, lui, reste », explique-t-il.
L’olivier, symbole d’une terre volée
Les terres de Wadi, comme celles de nombreux Palestiniens de Qusra, sont cultivées depuis des générations. Les oliviers, mais aussi les amandiers et les figuiers, représentent bien plus qu’un patrimoine : ils incarnent la résistance d’une communauté attachée à sa terre. Or, avec les barrages, c’est aussi l’accès à l’eau qui est menacé. Wadi a témoigné avoir vu les colons se baigner dans l’eau de son puits, tandis que sa famille et lui sont privés de cette ressource vitale. « Personne ne fait assez sur le terrain », alerte Ridi, qui appelle à une intervention concrète de la communauté internationale, notamment des États-Unis, pour mettre fin à ce siège.
Une expansion coloniale déguisée en « sécurité »
Pour les habitants de Qusra, ces mesures ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans une politique plus large de confiscation progressive des terres palestiniennes, facilitée par la multiplication des checkpoints et des zones militaires fermées depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Les barrières, autrefois placées à l’entrée des villages, sont désormais installées en amont, comme à Qusra, pour asphyxier les communautés sans attirer l’attention. « Leur but ultime est de s’emparer de la terre, morceau par morceau », résume Wadi. Une stratégie qui, si elle se poursuit, pourrait rendre toute résistance locale caduque.