Le 25 juillet 2026, les six médinas historiques des Comores — Moroni, Ikoni, Itsandra, Ntsudjini, Domoni et Mutsamudu — ont officiellement rejoint la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Cette reconnaissance internationale, célébrée le 29 août à Ikoni, souligne la valeur exceptionnelle de ces cités anciennes, tout en posant la question cruciale de la préservation d'un patrimoine qui reste, avant tout, un espace de vie quotidienne.
Un héritage architectural façonné par l'environnement
L'architecture de ces médinas témoigne d'une ingéniosité locale séculaire. Comme le souligne l'historien Faridy Norbert, les bâtisseurs ont su exploiter les ressources naturelles de l'archipel pour ériger ces cités. L'utilisation de la chaux, issue des coraux, combinée aux roches magmatiques et volcaniques ainsi qu'au bois local, confère à ces structures une identité unique. Ces matériaux, dictés par la géographie insulaire, constituent la base matérielle de ces ensembles urbains qui ont traversé les siècles.
Carrefour des échanges et mutations urbaines
Au-delà de leur aspect physique, ces médinas incarnent l'histoire des échanges entre les Comores, le monde arabe et la côte est-africaine. Leur tracé urbain, caractérisé par des ruelles étroites, rappelle des structures similaires observées à Zanzibar ou à Oman. Toutefois, ces cités ne sont pas des musées figés. Elles font face à des mutations contemporaines : certaines habitations se transforment en espaces commerciaux, tandis que les dynamiques migratoires et le départ de certaines familles modifient le tissu social, entraînant parfois une raréfaction des savoir-faire traditionnels liés à l'entretien de ces bâtisses.
Valorisation touristique et impératifs de conservation
Pour les habitants, à l'instar de Mhoudine Mohamed Zain, ce classement représente une opportunité de valoriser l'identité nationale. L'enjeu est désormais de transformer cette reconnaissance en un levier de développement, en misant sur le tourisme culturel pour faire découvrir non seulement l'architecture, mais aussi les traditions, les danses et l'artisanat local. Cette ambition s'accompagne d'une responsabilité nouvelle : les autorités comoriennes doivent désormais mettre en œuvre des mesures de conservation strictes pour garantir le maintien de la valeur universelle exceptionnelle de ces sites, conformément aux exigences de l'Unesco.