Face à la montée en puissance de l'intelligence artificielle, à la crise de l'attention et à la prolifération des fausses informations, les médias africains sont à la croisée des chemins. Réunis lors du Forum des médias Russie-Afrique à Moscou, des professionnels du secteur ont souligné l'urgence de moderniser leurs modèles de diffusion sans sacrifier les standards déontologiques du journalisme.
Réinventer la diffusion pour capter l'attention
La consommation de l'actualité a radicalement changé, les publics délaissant les canaux traditionnels au profit des réseaux sociaux et des plateformes numériques. Pour les intervenants, cette évolution impose une transformation structurelle : le contenu ne doit plus être figé dans un format unique. La stratégie préconisée consiste à décliner une même information en formats multiples — infographies, courtes vidéos, podcasts ou publications adaptées aux réseaux sociaux — afin de rencontrer l'audience là où elle se trouve, tout en conservant un accès vers le travail journalistique approfondi.
Le fact-checking comme rempart contre la désinformation
La rapidité de propagation des fausses nouvelles sur les plateformes numériques constitue un défi majeur pour la crédibilité des médias. Les participants ont insisté sur la nécessité pour chaque rédaction de renforcer ses capacités de vérification. Le fact-checking est désormais perçu comme une fonction essentielle pour contrer la désinformation, bien que les rédactions soient confrontées à une asymétrie temporelle : le temps nécessaire à la vérification reste bien plus long que celui de la diffusion virale d'une rumeur.
L'intelligence artificielle : un outil sous contrôle humain
Si l'intelligence artificielle est souvent perçue comme une menace, les experts présents à Moscou l'envisagent également comme un levier opérationnel. Utilisée avec précaution, elle peut assister les journalistes dans la recherche de sources ou l'identification de contenus suspects. Toutefois, un consensus clair a émergé : la décision éditoriale doit demeurer une prérogative humaine. Le risque d'enfermement algorithmique, qui limite la diversité des points de vue, impose une vigilance accrue sur la manière dont l'information est sélectionnée et présentée aux citoyens.
Vers une souveraineté du récit africain
Au-delà des enjeux technologiques, le forum a mis en lumière une volonté politique et professionnelle de renforcer l'espace médiatique du continent. L'objectif est de permettre aux médias africains de raconter leurs propres réalités, en s'appuyant sur des stratégies multilingues et une meilleure coopération entre rédactions. Cette dynamique, illustrée par des accords de partenariat comme celui signé entre Alwihda Info et Sputnik, vise à professionnaliser davantage le secteur pour offrir une alternative crédible aux récits extérieurs et réduire la « cécité informationnelle » des populations.