L'Association des médecins résidents du Nigeria (NARD) a formellement rejeté un projet d'amendement à la Loi nationale sur la santé, qui prévoit des peines allant jusqu'à six mois d'emprisonnement ou des amendes pour les professionnels de santé en cas de retard dans la prise en charge des urgences. Face à cette menace législative, le syndicat dénonce une mesure punitive qui ignore les carences structurelles du système hospitalier et menace d'entamer un mouvement de grève nationale.
Une réponse législative jugée déconnectée des réalités
Le projet de loi, porté par le sénateur Abdulaziz Yar’Adua, impose des délais stricts : une évaluation initiale dans les 15 minutes suivant l'arrivée du patient et le début des mesures de stabilisation dans les 30 minutes. Si ces objectifs visent à améliorer la prise en charge, la NARD souligne l'absurdité de légiférer sur des résultats cliniques sans garantir les moyens nécessaires. Pour les médecins, il est impossible d'exiger des interventions vitales dans des établissements souffrant de coupures d'électricité récurrentes, d'un manque criant de personnel et d'une pénurie chronique d'équipements de base.
Le risque d'une fuite des cerveaux accentuée
Au-delà de la question des sanctions, la NARD alerte sur les conséquences sociales de cette loi. Dans un contexte où le secteur médical nigérian est déjà fragilisé par le phénomène du « Japa » — l'émigration massive des professionnels de santé vers l'étranger — l'instauration d'un climat de criminalisation du travail médical pourrait accélérer le départ des talents. Le syndicat estime que les législateurs devraient plutôt se concentrer sur le respect des engagements budgétaires, notamment la déclaration d'Abuja qui préconise une allocation de 15 % du budget national au secteur de la santé.
Vers une exigence de responsabilité partagée
En réaction à ce projet, les médecins résidents ont appelé les parlementaires à une introspection sur leur propre gestion des ressources publiques. Ils suggèrent notamment que les responsables politiques soient tenus de se faire soigner dans les hôpitaux publics nigérians, afin de les inciter à investir réellement dans la modernisation des infrastructures. La NARD a officiellement demandé le retrait des dispositions pénales du texte et réclame une concertation élargie incluant les administrateurs hospitaliers et les représentants des patients. En l'absence de révision, le syndicat se dit prêt à engager des actions syndicales, tout en précisant que des dispositions seront prises pour maintenir la sécurité des patients en état critique.