L'Association des médecins résidents du Nigeria (NARD) s'insurge contre un projet de loi visant à sanctionner pénalement les professionnels de santé en cas de retard dans la prise en charge des urgences. Le texte, qui prévoit jusqu'à six mois d'emprisonnement ou une amende de 300 000 nairas, est jugé punitif par le corps médical qui pointe du doigt les défaillances structurelles du système de santé national.
Une réponse pénale jugée inadaptée aux réalités du terrain
Pour le président de la NARD, le Dr Ogar Idoko, criminaliser les médecins pour des délais de traitement revient à ignorer les causes profondes des dysfonctionnements hospitaliers. Selon l'association, les praticiens exercent quotidiennement dans des conditions précaires, marquées par une obsolescence du matériel, des pénuries de fournitures médicales, un manque de personnel qualifié et des coupures d'électricité récurrentes. Ces obstacles, qualifiés de négligence institutionnelle plutôt que professionnelle, empêchent souvent une prise en charge optimale des patients.
L'appel à une réforme des investissements publics
Plutôt que de légiférer sur des sanctions, les médecins exhortent l'Assemblée nationale à concentrer ses efforts législatifs sur le financement du secteur. Le Dr Idoko a appelé les parlementaires à prioriser la modernisation des services d'urgence, l'acquisition d'équipements de diagnostic performants et le renforcement des systèmes de référence. Le syndicat suggère également que les législateurs imposent aux responsables publics l'usage des hôpitaux locaux, afin de garantir une meilleure gestion des ressources allouées au système de santé nigérian.
Risques pour la rétention des talents et menace de grève
La NARD prévient que l'adoption de telles mesures coercitives pourrait exacerber le phénomène de fuite des cerveaux, déjà critique dans le pays. Face à ce qu'ils considèrent comme une injustice, les médecins n'excluent pas le recours à des actions syndicales nationales si le projet de loi, actuellement en examen au Sénat, devait être maintenu en l'état. L'association réclame l'ouverture d'une concertation élargie incluant les administrateurs hospitaliers et les représentants des patients pour définir des normes de soins réalistes et applicables.