Le sommet des BRICS à New Delhi a mis en lumière les difficultés structurelles du bloc à transformer son poids économique en une force géopolitique unifiée. L'absence de déclaration commune sur le conflit impliquant l'Iran souligne les divergences d'intérêts stratégiques entre des membres aux agendas nationaux parfois contradictoires.
L'épreuve du conflit iranien
La question iranienne a agi comme un révélateur des tensions internes au sein du groupe. Lors des réunions préparatoires, l'Iran a plaidé pour une condamnation explicite des actions américaines et israéliennes, une position fermement rejetée par les Émirats arabes unis, soucieux de leurs propres impératifs de sécurité. Cette incapacité à s'accorder sur une ligne commune lors du sommet illustre le coût politique de l'élargissement : en intégrant de nouveaux membres, le bloc a importé des rivalités régionales qui limitent sa capacité d'action concertée dans les crises internationales.
La divergence des intérêts nationaux
L'ambition des BRICS de contester l'ordre mondial dominé par les États-Unis se heurte à la réalité des relations bilatérales de ses membres avec Washington. L'Inde, par exemple, conçoit le bloc comme un outil d'autonomie stratégique plutôt que comme une alliance anti-américaine, maintenant des liens étroits avec les pays occidentaux. De même, la Chine et la Russie, bien que désireuses de promouvoir un ordre multipolaire, évitent de transformer chaque différend en une confrontation binaire avec les États-Unis, en raison de leurs interdépendances économiques et de la volonté de prévenir une escalade militaire directe.
Vers une coalition de négociation
Plutôt qu'un bloc géopolitique monolithique, les BRICS semblent se structurer comme une coalition de négociation pragmatique. La diversité de ses membres, bien qu'elle freine une action diplomatique unifiée, renforce la légitimité du groupe dans sa volonté de réformer les institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale. En se concentrant sur des enjeux tels que le renforcement du commerce Sud-Sud, le développement de mécanismes de paiement hors dollar et la sécurité alimentaire, le bloc pourrait exercer une influence durable.
Une stratégie de changement graduel
Les limites observées dans la gestion des crises aiguës pourraient paradoxalement constituer un atout pour la pérennité du groupe. En évitant la confrontation directe, les BRICS se donnent l'espace nécessaire pour favoriser un changement graduel de l'équilibre des pouvoirs. L'enjeu pour le bloc ne réside pas dans la destruction du système actuel, mais dans sa capacité à modifier durablement l'environnement de négociation mondial en offrant aux pays en développement des alternatives diplomatiques et financières concrètes.