Une étude commandée par la Fondation Jean Jaurès révèle que les modèles de langage comme ChatGPT ne se contentent plus d’esquiver les questions politiques ; ils adoptent une posture d’autorité et affichent un parti‑pris centre‑gauche, ce qui soulève des interrogations sur leur neutralité et leur influence potentielle sur les électeurs.
Analyse de l’étude de la Fondation Jean Jaurès
Le rapport publié ce matin par la Fondation Jean Jaurès, organisme de recherche dédié aux enjeux sociétaux, s’appuie sur un large corpus d’interactions entre utilisateurs et intelligences artificielles (IA). Les chercheurs y constatent que, contrairement aux débuts où les IA refusaient de répondre à toute question politique, les systèmes actuels s’engagent activement, proposent des candidats et formulent des recommandations. Cette évolution marque ce que les auteurs qualifient de « première campagne IA ».
Un positionnement centre‑gauche et une source d’information opaque
Selon les résultats, les réponses générées par les IA se situent majoritairement au centre du spectre politique, voire légèrement à gauche. Les modèles s’appuient sur des sites de médias et des agrégateurs de contenus politiques dont l’origine exacte reste difficile à tracer. Cette opacité sur les sources d’alimentation alimente le risque d’un biais systémique, même si les IA ne divulguent pas explicitement leurs références.
Déclarations du think‑tank et remise en question de la neutralité
Théo Verdier, chercheur associé du think‑tank, explique que « au début, quand ChatGPT a été lancé, on refusait de répondre aux questions politiques ». Aujourd’hui, les IA « s’engagent et adoptent une posture d’autorité, proposant directement des candidats ». Verdier insiste sur le fait que les réponses d’un modèle de langage ne sont jamais absolument neutres : elles portent inévitablement une lecture et un parti‑pris, même si celui‑ci n’est pas toujours visible pour l’utilisateur.
Conséquences pour les électeurs et les décideurs
Si les IA deviennent des interlocuteurs courants dans le processus de décision électorale, leur influence pourrait se traduire par une orientation subtile des opinions publiques. Les décideurs, les campagnes politiques et les organisations de la société civile sont donc appelés à surveiller la provenance des données d’entraînement et à développer des cadres de transparence. Pour les citoyens, la recommandation implicite est de croiser les réponses de l’IA avec d’autres sources d’information afin de limiter le risque d’une vision biaisée du paysage politique.