Face à la montée des prix des carburants, les propriétaires de stations-service au Maroc se retrouvent en première ligne face au mécontentement des automobilistes. La Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service dénonce une confusion persistante sur leur rôle, rappelant qu'ils ne disposent d'aucune prérogative dans la fixation des tarifs à la pompe.
Une marge fixe face à la hausse des coûts
Les professionnels soulignent que leurs bénéfices ne sont pas indexés sur le prix de vente final, mais calculés sur une marge fixe par litre. Par conséquent, l'augmentation des prix à la pompe ne génère aucun gain supplémentaire pour les exploitants. Au contraire, elle entraîne une contraction de la consommation globale, réduisant directement leurs recettes. Cette situation est aggravée par une hausse drastique des besoins en fonds de roulement : le coût d'acquisition des stocks a été multiplié par deux, voire par trois, obligeant les gérants à mobiliser des capitaux importants ou à recourir à l'emprunt pour maintenir leur activité.
Le poids des contraintes fiscales
Au-delà des difficultés de trésorerie, la profession pointe du doigt une inadéquation des mécanismes de contrôle fiscal. Taïeb Benali, président de la Fédération, explique que les algorithmes de l'administration fiscale, basés sur le chiffre d'affaires, déclenchent des alertes automatiques lorsque celui-ci augmente sans progression équivalente du bénéfice net. Cette situation expose les exploitants à des procédures de contrôle et de redressement injustifiées, alors que leur rentabilité demeure structurellement stable malgré la hausse du prix du litre.
Des relations contractuelles sous tension
Les exploitants dénoncent également les clauses d'exclusivité qui les lient aux sociétés de distribution. Ces contrats imposent un approvisionnement unique, limitant leur marge de manœuvre. La Fédération rapporte des pratiques de restriction d'approvisionnement à l'approche de hausses annoncées, où certaines compagnies annuleraient des commandes pour tirer profit de l'écart de prix. Ce manque de transparence sur les mécanismes de fixation des prix et sur les fluctuations des marchés internationaux laisse les gérants de stations-service sans moyens d'informer les consommateurs, tout en les exposant en tant que dernier maillon de la chaîne de distribution.