Face à l'expansion rapide de SpaceX, un consortium composé d'Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefonica envisage de lancer une alternative européenne à Starlink. Ce projet stratégique repose sur une proposition de la Commission européenne visant à sanctuariser des fréquences satellites pour les acteurs du continent.
Une stratégie de souveraineté numérique
Le projet, révélé par Bloomberg, marque une volonté claire des grands opérateurs européens de ne pas laisser le marché de l'internet mobile par satellite sous le contrôle exclusif d'acteurs extra-européens. En unissant leurs forces, ces entreprises cherchent à proposer une solution souveraine capable de rivaliser avec le service Starlink Mobile, qui permet une connectivité directe entre satellites et smartphones.
Le levier des fréquences 2 GHz
Au cœur de cette manœuvre se trouve une proposition de la Commission européenne concernant la distribution de la bande de fréquences 2 GHz MSS. Le texte prévoit une répartition tripartite : un tiers réservé aux gouvernements, un tiers exclusivement accessible aux opérateurs de l'Union européenne, et un dernier tiers ouvert à la concurrence internationale. En se positionnant sur les deux premiers segments, le consortium européen s'assurerait un avantage compétitif majeur face à des concurrents comme Starlink ou Amazon Leo, qui seraient relégués à une portion plus restreinte du spectre.
Tensions diplomatiques avec les États-Unis
Cette initiative n'est pas sans susciter des frictions outre-Atlantique. La Federal Communications Commission (FCC), le régulateur américain des télécommunications, a déjà exprimé ses réserves. Brendan Carr, président de la FCC, a rappelé que la réciprocité et la non-discrimination sont les piliers de l'accès au marché américain pour les opérateurs européens. Les États-Unis menacent d'ores et déjà de prendre des mesures de rétorsion si les entreprises américaines se voyaient restreindre l'accès au marché européen, soulignant la complexité des enjeux géopolitiques liés à l'infrastructure spatiale.
Un cadre législatif en suspens
Il est important de noter que ce projet de répartition des fréquences, soumis par Bruxelles en mai, n'a pas encore été formellement adopté par le Parlement européen et le Conseil. L'issue de ce processus législatif déterminera la viabilité de l'alliance entre Orange et ses partenaires européens, tout en définissant les règles du jeu pour l'avenir de la connectivité satellitaire sur le continent.