Alors que les forces armées soudanaises consolident des avancées stratégiques dans le Nord Kordofan, le général Abdel Fattah al‑Burhan ouvre simultanément un processus de dialogue national. Ces deux dynamiques – militaires et politiques – pourraient remodeler les bases du prochain accord de paix et la répartition du pouvoir au Soudan.
Avancées de l'armée dans le Nord Kordofan
Fin juillet, les forces armées soudanaises (SAF) ont annoncé la reconquête de plusieurs localités – Bara, Jabra al‑Sheikh et Umm Sayala – ainsi que d’autres positions dans le centre du pays. Le point le plus stratégique est la reprise de la « Export Road », l’axe routier reliant Khartoum à El‑Obeid, capitale du Nord Kordofan. Cette prise de contrôle renforce la capacité logistique de l’armée et met sous pression les lignes d’approvisionnement des Forces de soutien rapide (RSF), qui dépendaient de ce corridor pour leurs opérations dans le Kordofan, le Darfour et le Nil Bleu.
Défections massives au sein des RSF
Le même laps de temps a été marqué par une vague de défections en provenance des RSF. Le 20 août, les SAF ont déclaré l’arrivée d’environ 318 combattants, dont quatre officiers, transportés par une cinquantaine de véhicules blindés depuis l’État du Nord. D’autres groupes, totalisant près de 270 personnes, incluant 21 commandants de terrain, ont également rejoint les rangs de l’armée, tandis que 45 combattants de la zone de Bara se sont rendus. Selon les analyses, ces mouvements sont liés à la pression du front, à des tensions internes au sein des RSF et à des dynamiques tribales, sans toutefois signifier un effondrement complet du groupe paramilitaire.
Dialogue national proposé par le général al‑Burhan
Le 15 août, le chef de l’armée et président du Conseil de souveraineté transitoire, Abdel Fattah al‑Burhan, a annoncé la mise en place d’un cadre de dialogue national. Le dispositif prévoit une immunité temporaire et la suspension des poursuites pénales contre les participants, tout en garantissant des garanties juridiques, politiques et sécuritaires. Al‑Burhan a précisé que le processus serait géré par un mécanisme indépendant, sans que l’État n’en dicte l’agenda. Toutefois, il a exclu toute forme de « paix sans substance » qui placerait le commandant des RSF, Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), et ses partisans au pouvoir, insistant sur le retrait des RSF des zones urbaines avant toute négociation.
Enjeux pour la prochaine phase politique du Soudan
Les avancées militaires et les défections créent un contexte où l’armée peut exercer davantage de levier dans les négociations futures. Si la pression continue de fragiliser la cohésion des RSF, le gouvernement pourrait définir qui participe au dialogue et sous quelles conditions, renforçant ainsi la position du pouvoir civil et militaire. De son côté, les RSF doivent non seulement conserver du terrain, mais aussi empêcher que les pertes de personnel ne se traduisent en une perte d’influence politique. Le député Malik Agar, vice‑président du Conseil de souveraineté, a rappelé que la résolution militaire reste la priorité tant que les conditions d’une négociation viable ne sont pas réunies. En somme, le champ de bataille soudanais ne se limite plus à des combats ponctuels ; il façonne déjà les paramètres d’une éventuelle transition politique, dont l’issue dépendra de la capacité des deux camps à transformer leurs gains ou leurs revers en arguments décisifs lors du dialogue national.