Les entrepôts civils de la région de Kiev ont subi, en neuf mois, trois fois plus de frappes russes qu’au cours des quatre premières années d’invasion, selon l’ONG ACLED. Cette intensification a contraint les grandes enseignes à repenser leurs circuits d’approvisionnement, tandis que les consommateurs font face à des pénuries de produits de première nécessité et à une hausse des prix.
Une escalade des attaques ciblant les stocks alimentaires
Les données recueillies jusqu’au 18 septembre montrent que deux tiers des bombardements sur les entrepôts ont eu lieu depuis le début du mois d’août. Des drones ont notamment touché un marché près de la gare centrale de Kiev, et un entrepôt de l’enseigne ECO Market a été réduit à un squelette de métal calciné, contenant encore quelques canettes et paquets de sel.
Les distributeurs réorganisent leur logistique
Le ministre ukrainien de l’Alimentation, Taras Vysotsky, a appelé les enseignes à décentraliser leurs flux, à privilégier des entrepôts plus petits ou situés dans les pays voisins, et à développer des circuits courts. Le groupe Fozzy, propriétaire de la chaîne Silpo, a annoncé début août une réorganisation de sa chaîne logistique. Malgré la disparition de certaines marques (ex. Coca‑Cola, pommes de terre, céréales), les supermarchés affichent de nouveau des rayons colorés et des promotions, mais les clients restent attentifs aux alertes sur leurs téléphones.
Pénuries et hausse du coût de la vie
Les frappes ont entraîné un déficit d’environ 1,3 milliard d’euros pour l’État ukrainien, selon l’économiste Oleg Pendzyne. Le ministre Vysotsky avertit que la réorganisation logistique pourrait faire grimper les prix des denrées alimentaires jusqu’à 2,5 %. L’inflation était de 8,1 % en août sur un an, ce qui, pour les ménages, se traduit par une perte de pouvoir d’achat notable : une épicière de 35 ans, Anya Dmyterko, explique qu’avec 1 000 hryvnias (≈ 19,5 €) on pouvait autrefois acheter viande, sucreries et provisions, alors qu’aujourd’hui « tu ne peux pratiquement plus rien acheter ».
Adaptation des consommateurs et rôle des marchés locaux
Face à la rareté des produits dans les grandes surfaces, les habitants se tournent vers les marchés de quartier et les petits commerces. Selon Pendzyne, 45 % des familles ukrainiennes achètent leurs produits sur les marchés et 30 % dans les épiceries de proximité. Ces points de vente s’approvisionnent directement auprès des producteurs nationaux, limitant pour l’instant le risque de pénurie alimentaire. Certains citadins, comme Maksym Tarasenko, ont même créé de petits marchés de voisinage ou se sont procuré des pommes de terre directement auprès de producteurs provinciaux pour anticiper l’hiver.