Les États-Unis obtiennent le contrôle de 65 milliards de barils de pétrole vénézuélien : une manœuvre stratégique ou un pari risqué ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 45 lectures
Les États-Unis obtiennent le contrôle de 65 milliards de barils de pétrole vénézuélien : une manœuvre stratégique ou un pari risqué ?

Un accord historique ou une prise de contrôle sans précédent ? Les États-Unis viennent de conclure avec le Venezuela un partenariat controversé visant à exploiter 65 milliards de barils de pétrole, soit plus du double des réserves américaines actuelles. Annoncé par Donald Trump comme une « transaction historique », cet accord promet des retombées économiques majeures pour Washington, mais soulève des questions sur sa légalité et ses conséquences géopolitiques.

Un pacte énergétique aux allures de gouvernance étrangère

L’accord, négocié sous l’égide du secrétaire d’État Marco Rubio et du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, prévoit la création d’une coentreprise où les États-Unis détiendront 55 % des parts, aux côtés d’un opérateur privé vénézuélien. Une structure qui rappelle, par son ampleur, le contrôle exercé par les États-Unis sur les revenus pétroliers irakiens après la chute de Saddam Hussein en 2003. Pourtant, contrairement à l’Irak, le Venezuela n’a pas subi d’invasion militaire : le président Nicolás Maduro a été renversé par une opération spéciale américaine en janvier 2025, ouvrant la voie à cette alliance.

Les détails de l’accord restent flous. Aucune information n’a été divulguée sur les engagements précis des États-Unis, les modalités de partage des revenus ou les garanties offertes à Caracas. Trump a simplement affirmé que l’opération ne coûterait « rien au contribuable américain », sans préciser comment cette promesse sera tenue. Une ambiguïté qui alimente les critiques sur la transparence du deal.

Caracas mise sur un sauvetage économique… et une dépendance accrue

Pour le Venezuela, dirigé par l’actuelle présidente par intérim Delcy Rodriguez, cet accord représente une bouffée d’oxygène pour une économie exsangue. Rodriguez évoque un investissement privé de près de 100 milliards de dollars, la création de milliers d’emplois bien rémunérés et une relance de l’industrie pétrolière nationale. Les termes du contrat incluent le développement de 17 champs pétrolifères stratégiques, avec un potentiel de 65 milliards de barils, ainsi que le versement de plus de 209 milliards de dollars en taxes à l’État vénézuélien.

Cependant, cette dépendance économique pourrait s’avérer un piège. La concession accordée à la coentreprise américaine s’étend sur 100 ans, une durée inhabituelle qui interroge sur la souveraineté vénézuélienne. Rodriguez met en avant des bénéfices à long terme : modernisation des infrastructures, croissance économique et sécurité énergétique pour l’Amérique latine. Mais les risques de déséquilibres politiques et de perte de contrôle sur ses ressources naturelles planent.

Un pari risqué pour Washington et Caracas

Pour les États-Unis, l’enjeu est double : sécuriser un approvisionnement énergétique massif et affaiblir la Russie, principal allié de Maduro, en réduisant sa dépendance au pétrole vénézuélien. Trump a d’ailleurs accusé Caracas d’avoir « saisi et vendu illégalement » des actifs américains par le passé, justifiant ainsi cette prise de contrôle. Pourtant, l’accord pourrait se heurter à des obstacles juridiques au Venezuela, où des voix s’élèvent contre une telle cession de souveraineté.

Côté vénézuélien, la production pétrolière, autrefois florissante, a chuté de plus de 80 % depuis les années 1990 en raison de la mauvaise gestion et des sanctions internationales. L’injection de capitaux américains pourrait relancer le secteur, mais à quel prix ? La question de la légitimité de l’accord, signé sous la pression d’un changement de régime imposé par Washington, reste entière. Une chose est sûre : cet accord redéfinit les règles du jeu énergétique en Amérique latine, avec des conséquences qui dépassent largement les frontières des deux pays.

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