Washington durcit sa réponse à l’expansion djihadiste et à l’influence russe au Sahel avec une proposition de loi ciblant spécifiquement le Mali. Le texte, porté par des élus américains, vise à renforcer la coopération sécuritaire avec Bamako tout en cartographiant les réseaux terroristes et leurs financements.
Une loi pour contrer deux menaces : djihadisme et influence russe
Les États-Unis cherchent à endiguer la progression des groupes affiliés à Al-Qaïda au Mali, tout en limitant l’expansion de l’influence russe dans la région. La proposition, portée par les représentants Jimmy Panetta et Joe Wilson, s’inscrit dans un contexte où les forces Wagner, puis leur successeur sous la bannière de l’Africa Corps, ont renforcé leur présence au Mali depuis 2021. Cette initiative législative intervient alors que les groupes djihadistes, comme le JNIM, étendent leur emprise sur des zones stratégiques, exploitant l’instabilité et les faiblesses de la gouvernance.
Stratégie anti-djihadiste : financements, recrutement et frontières
Le texte impose au Département d’État d’élaborer une stratégie diplomatique pour lutter contre Al-Qaïda et ses affiliés, avec un focus sur le Mali. L’accent est mis sur l’analyse des ressources financières des groupes terroristes : exploitation aurifère, contrebande, extorsion et taxation imposée aux populations. Les responsables américains devront aussi évaluer les liens entre le JNIM et les groupes armés des pays voisins, ainsi que les facteurs favorisant le recrutement, comme la pauvreté, les déplacements de populations ou les tensions communautaires. « Nous avons besoin d’une image plus claire de la manière dont les groupes militants étendent leur influence à travers les frontières », a souligné Jimmy Panetta devant le Congrès.
Retour en arrière : la coopération sécuritaire américaine au Sahel
Cette initiative s’appuie sur un héritage de partenariats sécuritaires remontant aux indépendances du Mali et du Niger en 1960. Dès 2002, Washington avait lancé la Pan-Sahel Initiative avec quatre pays du Sahel, avant d’élargir le dispositif au Trans-Sahara Counterterrorism Partnership. Le Niger, partenaire clé jusqu’au coup d’État de 2023, abritait une base de drones à Agadez pour les opérations de renseignement. La rupture avec Niamey a poussé les États-Unis à réévaluer leur approche, notamment avec Bamako, où un contact diplomatique a été rétabli en juillet 2026. Les discussions ont porté sur la sécurité, les mines, les nouvelles technologies et la santé, sans pour autant annoncer un retour des forces américaines.
Mali : entre alliance régionale et équilibre géopolitique
La proposition de loi intervient alors que le Mali, le Niger et le Burkina Faso renforcent leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel. Washington cherche à adapter sa stratégie à cette nouvelle donne régionale, marquée par un rapprochement avec Moscou et une montée en puissance des groupes djihadistes. Le texte ne prévoit pas de déploiement militaire immédiat, mais vise à donner aux États-Unis une vision plus précise des dynamiques sécuritaires locales, tout en posant les bases d’une réponse diplomatique et financière ciblée.