Washington a déporté des dizaines de personnes vers la Centrafrique, dont un Afghan dont la famille a soutenu l’armée américaine, malgré les menaces de persécution des talibans. Cette décision, confirmée par des avocats et des ONG, intervient alors que les États-Unis multiplient les expulsions vers des pays tiers sans liens avec les intéressés, dans le cadre d’une politique migratoire controversée.
Un Afghan protégé par la justice américaine expulsé vers Bangui
Un jeune Afghan, identifié comme Khalil par le *New York Times*, a été déporté vers la capitale centrafricaine Bangui le week-end dernier. Malgré une ordonnance de protection délivrée par un juge américain en raison des risques encourus en Afghanistan, où les talibans gouvernent depuis 2021, il a été contraint à l’exil. Son frère, ancien membre de l’armée afghane ayant collaboré avec les forces américaines, vit désormais aux États-Unis, tandis qu’un autre frère, pilote formé par Washington, a été tué par les talibans.
Des familles afghanes ciblées par les talibans pour leur soutien aux États-Unis
Les documents judiciaires consultés par l’AFP révèlent que les proches de Khalil ont été menacés par les talibans en raison de leur collaboration avec l’armée américaine. Sa sœur et son père auraient également travaillé aux côtés des forces américaines. Ces persécutions ont motivé la protection accordée par la justice américaine, mais n’ont pas suffi à empêcher son expulsion vers un pays en proie à une instabilité chronique.
La Centrafrique, destination controversée des expulsions américaines
Ce vol, transportant 12 Afghans et 8 Iraniens parmi d’autres nationalités, est le troisième en direction de la Centrafrique depuis le début de l’année. Les accords secrets passés entre Washington et Bangui s’inscrivent dans une stratégie plus large de restriction migratoire, visant à éloigner des milliers de personnes sans lien avec les pays de destination. Pourtant, le département d’État américain déconseille formellement tout voyage vers ce pays, invoquant des risques de terrorisme, d’enlèvements et de criminalité.
Une politique migratoire sous le feu des critiques
Les organisations de défense des droits humains, dont *AfghanEvac*, l’*ACLU* et *Human Rights First*, dénoncent ces expulsions vers des zones à haut risque. Elles soulignent l’absurdité de déporter des personnes vers des pays où elles n’ont aucun attachement, alors que leur vie est menacée dans leur pays d’origine. Cette pratique, bien que discrète, s’inscrit dans une logique de durcissement migratoire initiée sous l’administration Trump et poursuivie depuis.