Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a balayé les accusations canadiennes selon lesquelles Washington aurait fait échouer un accord commercial en exigeant des concessions sur la protection du français. Dans une entrevue exclusive, il affirme que cette question n’a jamais été une « ligne rouge » pour les États-Unis, contredisant ainsi la version du gouvernement canadien.
Un malentendu sur la langue française
Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont achoppé ces dernières semaines, chacun des deux camps proposant une explication différente de cet échec. Ottawa avait pointé du doigt les exigences américaines concernant la protection du français, suggérant que Washington avait franchi une ligne rouge en réclamant des concessions dans ce domaine. Une interprétation que Jamieson Greer, proche de Donald Trump, rejette catégoriquement.
Selon lui, les États-Unis n’ont jamais considéré le français comme un obstacle majeur. « Ce n’est pas un enjeu sur lequel nous avons insisté fortement, ni une condition que nous avons imposée, ni une ligne rouge. C’est même tout le contraire », a-t-il déclaré. Greer a même ajouté que Washington défendait l’usage du français au Canada, notamment au Québec, tout en insistant sur le fait que le capitalisme devait primer : « Nous savons que cet enjeu est important pour le Québec. Pour nous, ce n’est donc pas une ligne rouge. »
Les véritables points de friction : automobiles et protectionnisme
Si le français n’a pas été un sujet de blocage, d’autres dossiers ont en revanche cristallisé les tensions. Greer a confirmé les réserves américaines concernant certaines lois canadiennes jugées discriminatoires envers les plateformes américaines, notamment les règles sur la découvrabilité des contenus. Mais c’est surtout dans le secteur automobile que les désaccords persistent.
Washington était prêt à réduire ses droits de douane sur les véhicules canadiens, mais à condition d’exclure les modèles moyens et lourds de cet allègement. Par ailleurs, les États-Unis exigeaient une « protection mutuelle » pour éviter que le Canada ne devienne une porte d’entrée pour des produits tiers, notamment en acier et en aluminium. « Si nous offrons au Canada le meilleur accord au monde sur l’acier et l’aluminium, nous ne pouvons pas permettre que le Canada soit inondé d’acier et d’aluminium provenant d’autres pays », a-t-il expliqué.
Menace de représailles commerciales
La rupture des négociations s’accompagne désormais de mesures de rétorsion. Ottawa a annoncé l’imposition de contre-tarifs sur 27,6 milliards de dollars de marchandises américaines, une décision qui entrera en vigueur le 8 septembre. Une réponse que les États-Unis ne comptent pas laisser sans réaction. « S’il y a de nouvelles mesures de représailles de la part du Canada, bien sûr, nous n’allons pas rester les bras croisés et les subir », a prévenu Greer, sans préciser les contours d’une éventuelle riposte.
Les canaux de communication entre les deux pays sont actuellement fermés. Interrogé sur l’état des discussions avec le ministre canadien Dominic LeBlanc, le représentant américain a confirmé qu’aucun échange n’était en cours. Une situation qui laisse présager une escalade commerciale dans les semaines à venir.