Les femmes engagées dans le commerce transfrontalier au Ghana font face à des obstacles structurels majeurs, allant du harcèlement aux saisies arbitraires de marchandises. Ce constat alarmant, révélé lors d'un dialogue multipartite à Aflao, souligne une déconnexion préoccupante entre les engagements pris dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) et la réalité vécue sur le terrain.
L'absence de canaux de signalement officiels
Lors des échanges organisés par l'African Capacity Building Foundation, des représentantes venues d'Elubo, Hamile, Paga, Aflao et Akanu ont témoigné de la récurrence des taxes non documentées et des retards prolongés imposés par les agents aux frontières. La gravité de la situation est accentuée par l'absence totale de mécanismes de plainte structurés. Joseph Mills, représentant la division des douanes de la Ghana Revenue Authority, a reconnu cette lacune institutionnelle, précisant que les commerçantes n'ont actuellement d'autre choix que de s'adresser directement au bureau du commandant de secteur, une démarche souvent perçue comme intimidante ou inefficace.
Vers une intégration des commerçantes dans la gouvernance
Face à ce vide, la National Cross-Border Women Traders Association fait office de recours informel, les commerçantes préférant se tourner vers leur organisation plutôt que vers les services de l'État. Pour remédier à cette marginalisation, Dode Seidu, coordinateur national de l'AfCFTA, préconise une refonte des procédures douanières pour les rendre plus inclusives et sensibles au genre. L'objectif est d'intégrer formellement ces actrices du commerce informel dans les processus de décision nationaux afin que les politiques de facilitation des échanges reflètent leurs besoins réels.
Un plan d'action pour sécuriser les échanges
Pour transformer ces constats en réformes concrètes, un plan d'action conjoint a été élaboré. Il prévoit la mise en place de mécanismes de recours au niveau même des postes frontaliers et une meilleure coordination entre les agences de sécurité. La digitalisation des processus, incluant la publication transparente des frais officiels et des itinéraires de voyage, est identifiée comme une priorité pour limiter la corruption. Le chef traditionnel d'Aflao, Torgbui Adzonugaga Amenya Fiti V, a également plaidé pour la création d'un comité permanent réunissant autorités traditionnelles, forces de sécurité et commerçants, afin de garantir un suivi rigoureux des engagements pris par les ministères du Commerce et du Genre.