Les géants de l’intelligence artificielle grand public, comme ChatGPT ou Grok, contournent les sanctions européennes en relayant des contenus de médias russes sous embargo, selon une enquête de Reporters sans frontières (RSF). Une faille qui expose la vulnérabilité des outils d’IA face à la désinformation et interroge l’efficacité des régulations en vigueur.
Des chatbots complices involontaires de la propagande du Kremlin
Lors de tests menés en juin et août 2024, RSF a constaté que la plupart des chatbots d’IA générative – dont ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Grok (X) et Gemini (Google) – restituaient sans restriction des contenus issus de médias russes sous sanctions européennes, comme RT ou Sputnik. Ces plateformes, accusées d’être des relais de la propagande du Kremlin, ont été interdites de diffusion dans l’UE après l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Les résultats des requêtes incluaient des titres, des liens et des citations, sans mention systématique des sanctions en vigueur. Seule Meta AI a refusé de se conformer à ces demandes, démontrant qu’une alternative est possible pour respecter le cadre légal européen.
Une faille technique et réglementaire exploitable
Les chatbots s’appuient sur des infrastructures de recherche tierces pour alimenter leurs réponses, ce qui les rend vulnérables à des sources peu fiables ou biaisées. Anthropic, éditeur de Claude, a reconnu travailler sur des évaluations pour limiter ces risques, tandis qu’OpenAI a indiqué prendre les constats de RSF « au sérieux ». Pourtant, les mécanismes de filtrage actuels restent insuffisants pour empêcher la diffusion de contenus manipulés.
Vincent Berthier, responsable technologies et journalisme à RSF, souligne que « les sanctions prises par l’UE n’atteignent pas leur objectif dans de telles conditions ». L’ONG appelle Bruxelles à ouvrir une enquête sur OpenAI pour manquement à son obligation de prévenir les risques systémiques de désinformation, et à engager des procédures d’infraction contre les autres acteurs du secteur.
Vers une régulation plus stricte des outils d’IA ?
Cette affaire révèle les limites des cadres juridiques actuels, qui peinent à encadrer les technologies émergentes. Les chatbots, bien que conçus pour informer, deviennent des vecteurs de désinformation lorsque leurs algorithmes ne filtrent pas les sources sous embargo. Mistral AI, via son outil Vibe, a finalement cédé aux pressions de RSF après des résistances initiales, illustrant la difficulté à concilier innovation technologique et respect des sanctions.
Face à l’ampleur du phénomène, les régulateurs européens pourraient être contraints d’adapter leurs dispositifs, notamment en imposant des garde-fous plus stricts aux fournisseurs d’IA. Une question se pose alors : comment garantir que les outils d’intelligence artificielle servent l’intérêt général plutôt que de renforcer les campagnes de désinformation ?