La prospérité allemande, longtemps portée par un modèle exportateur robuste, s'érode depuis plusieurs années. Deux récessions consécutives, une production industrielle en recul et la poussée électorale de l'AfD dessinent une même séquence, où la question sociale revient au cœur du débat, jusqu'à évoquer un retour à la semaine de 40 heures.
Une production industrielle en repli structurel
Depuis son point haut de 2017, la production industrielle allemande a diminué de 15 %. Le mouvement s'est nettement accentué après le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'arrêt des livraisons de gaz russe, qui a fait grimper les coûts énergétiques dans une économie sortie du nucléaire. Les droits de douane américains et l'intensification de la concurrence chinoise ont achevé d'éroder la compétitivité du pays, avec un symbole particulièrement marquant : l'envolée des ventes de véhicules électriques chinois, segment sur lequel les constructeurs allemands accusent un retard grandissant.
Deux années de récession et un rebond fragile
En 2023 puis 2024, l'Allemagne a enchaîné deux années de récession. L'économie n'a renoué avec la croissance qu'en 2025, autour de 0,2 %, un rebond qualifié de timide par les analystes. Le secteur manufacturier reste sous tension, comme l'illustre la stratégie de Volkswagen, qui cherche à céder son usine d'Osnabrück pour préserver les emplois menacés. La perspective d'un retour à la semaine de 40 heures, évoquée dans le débat public, traduit la volonté de renforcer la compétitivité sans passer par de nouvelles réductions de coûts salariaux directs.
Le déclin économique, catalyseur de la progression de l'AfD
Cette désagrégation du modèle économique allemand constitue l'un des moteurs de la montée en puissance de l'Alternative für Deutschland. Le parti d'extrême droite capitalise sur l'inquiétude sociale et la perception d'un déclassement industriel, dans les anciens Länder de l'Est comme dans des bastions historiques de la production à l'Ouest. La question du temps de travail illustre la recherche de solutions pour relancer l'appareil productif, mais aussi la difficulté, pour la coalition au pouvoir, à proposer un récit crédible de reconversion face à des chocs énergétiques, commerciaux et technologiques simultanés.