La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pointé du doigt un paradoxe économique : l’Europe dispose d’une épargne colossale, mais celle-ci reste largement inactive, privant les entreprises du continent d’un financement crucial pour leur expansion.
Un stock de 10 000 milliards d’euros sous-utilisé
Lors d’un discours devant des entrepreneurs français, Ursula von der Leyen a souligné que 10 000 milliards d’euros d’épargne des ménages européens dormaient sur des dépôts bancaires, soit près d’un tiers de leur patrimoine financier. Ce montant, bien que théorique, illustre l’écart entre les ressources disponibles et leur mobilisation effective pour soutenir l’industrie locale. Pour la dirigeante, cette « épargne paresseuse » représente une manne inexploitée, capable de financer l’innovation, la transition énergétique ou l’internationalisation des PME européennes.
Un marché des capitaux fragmenté, obstacle majeur
Le problème ne réside pas seulement dans l’absence de fonds, mais dans leur répartition inégale et leur accès difficile. Le marché des capitaux européen, morcelé entre États membres, peine à offrir des solutions de financement adaptées aux besoins des entreprises en croissance. Résultat : les startups et les groupes industriels se tournent vers les États-Unis, où les investisseurs et les fonds de long terme sont plus accessibles. Cette fuite des capitaux aggrave les disparités entre les deux rives de l’Atlantique, au moment où l’UE cherche à renforcer son autonomie stratégique.
Vers une union des capitaux européenne ?
Von der Leyen a rappelé à plusieurs reprises que la solution passe par une intégration plus poussée des marchés financiers européens. Une telle réforme permettrait de mutualiser les ressources, de réduire les coûts de transaction et d’attirer davantage d’investisseurs vers les projets continentaux. Cependant, les avancées restent lentes, en raison des divergences entre États sur la régulation, la fiscalité ou la gouvernance. Sans une volonté politique forte, le risque est que l’Europe continue de perdre des parts de marché face à des concurrents mieux financés.
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà des chiffres, cette épargne inutilisée pose une question de souveraineté. Si les entreprises européennes ne trouvent pas de financements locaux, elles devront se résoudre à dépendre de capitaux étrangers, limitant leur capacité à innover ou à résister aux chocs économiques. Pour les décideurs africains, ce cas européen offre une leçon : la mobilisation de l’épargne domestique est un pilier pour réduire la dépendance aux investisseurs extérieurs. Une piste à explorer alors que le continent cherche à financer sa propre transition.