Les éleveurs de volailles et de bétail des États de Niger, Kogi et Nasarawa font face à une crise structurelle sans précédent. Entre l'explosion des prix des intrants et une demande intérieure affaiblie, de nombreux exploitants sont contraints de réduire drastiquement leurs cheptels, voire de cesser toute activité.
Une dépendance critique aux coûts des aliments
Le secteur avicole nigérian traverse une zone de turbulences marquée par une inflation galopante des coûts de production. Selon les témoignages recueillis, l'alimentation représente désormais entre 70 % et 80 % des dépenses totales d'une exploitation. À Lokoja, dans l'État de Kogi, certains éleveurs rapportent des hausses mensuelles du prix des sacs d'aliments, atteignant des niveaux prohibitifs. Parallèlement, le coût des poussins d'un jour a grimpé, atteignant environ 2 200 nairas l'unité. Cette pression financière est aggravée par des coûts logistiques élevés et des infrastructures énergétiques défaillantes, poussant les éleveurs à vendre leurs bêtes à perte pour éviter des frais d'entretien prolongés.
Le dilemme de la rentabilité face à la demande
La situation est exacerbée par une érosion du pouvoir d'achat des consommateurs. Bien que les prix de vente des œufs et de la viande de volaille aient augmenté, ils ne parviennent pas à couvrir les coûts de revient. Dans l'État de Nasarawa, des éleveurs soulignent le paradoxe d'un marché où les prix des matières premières, comme le maïs et le soja, s'envolent sans que le prix final des produits ne puisse suivre, faute de demande solvable. Cette impasse économique force les petits exploitants à réduire la taille de leurs élevages, comme en témoigne une éleveuse ayant dû passer de 2 000 à 500 oiseaux pour survivre.
Vers une relocalisation de la production
Face à ce risque de déstabilisation de la sécurité alimentaire, les autorités régionales tentent d'apporter des réponses. Dans l'État de Niger, le gouvernement prévoit de réhabiliter l'usine d'aliments de Tagwai afin de réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs coûteux, en s'appuyant sur les ressources locales. De son côté, l'État de Kogi mise sur le projet L-PRES, soutenu par la Banque mondiale, pour renforcer la résilience des éleveurs via la distribution d'intrants et l'introduction de races plus robustes. Toutefois, les professionnels du secteur réclament des mesures plus structurelles : une régulation efficace des prix, un accès facilité au financement et un soutien accru à la production locale d'ingrédients pour l'alimentation animale.