Les opérations de déblaiement massif menées dans la bande de Gaza font peser un risque majeur sur l'intégrité des preuves liées aux allégations de crimes de guerre. L'ONU met en garde les États et les entreprises contre une possible responsabilité pénale internationale en cas de destruction volontaire ou négligente de ces éléments probatoires.
Une injonction de la Cour internationale de Justice ignorée
En 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) avait formellement ordonné à Israël de prendre des mesures effectives pour empêcher la destruction de toute preuve relative aux accusations portées sous la Convention sur le génocide. Malgré cette décision, des opérations d'envergure ont été observées en août, impliquant le broyage et le déplacement de millions de tonnes de débris. Ces actions touchent des sites sensibles, notamment des cimetières et des zones où des restes humains sont encore enfouis.
La responsabilité pénale des acteurs impliqués
Francesca Albanese, Rapporteure spéciale des Nations unies sur les territoires occupés, a souligné que le processus de reconstruction ne saurait être conditionné par l'effacement du passé. Elle a averti que toute entité, qu'il s'agisse d'un État ou d'une entreprise privée, participant à l'enlèvement des décombres pourrait s'exposer à des poursuites pour entrave à la justice. Cette position est renforcée par des rapports d'organisations de défense des droits humains, qui voient dans ces manœuvres une tentative potentielle de modifier la réalité démographique et de dissimuler des preuves matérielles.
L'urgence humanitaire face à l'entrave technique
Sur le terrain, le bilan humain reste incertain : les autorités palestiniennes estiment que plus de 8 000 personnes demeurent sous les décombres. La récupération des corps est rendue extrêmement complexe par le blocage systématique, par les forces israéliennes, de l'entrée de machines lourdes et de matériel médico-légal spécialisé. Selon Raed al-Dahshan, chef du service de la défense civile de Gaza, l'utilisation d'équipements adéquats permettrait pourtant de finaliser les recherches en 90 jours, contre plusieurs années dans les conditions actuelles. Récemment, les funérailles de 100 personnes, dont 60 enfants, extraites des ruines de Gaza City, ont rappelé l'ampleur de la crise humanitaire et la nécessité de préserver ces sites pour les familles des victimes.