Face à un déficit structurel qui prive encore plus de 640 millions d'Africains d'accès à l'électricité, plusieurs États du continent se tournent vers l'énergie nucléaire. Cette ambition, portée par des pays comme le Togo, le Ghana ou le Kenya, s'inscrit dans une volonté de diversifier le mix énergétique tout en répondant aux impératifs de décarbonation.
L'essor des petits réacteurs modulaires
Le modèle des centrales nucléaires classiques, caractérisé par des coûts colossaux et des délais de construction dépassant la décennie, est progressivement délaissé au profit des petits réacteurs modulaires (SMR). Ces unités, d'une capacité allant jusqu'à 300 MW, présentent l'avantage d'être fabriquées en usine, ce qui réduit significativement les investissements initiaux. Pour les nations africaines, cette technologie offre une alternative plus flexible et des standards de sûreté renforcés, essentiels pour des pays qui construisent encore leur expertise technique dans le domaine.
Défis structurels et institutionnels
Malgré l'attrait technologique, le déploiement de l'atome civil se heurte à des obstacles majeurs. Le manque d'experts qualifiés et l'absence d'organismes de régulation robustes constituent des freins importants. Si les SMR promettent une mise en service rapide dans les marchés matures, les pays africains pourraient faire face à des délais de déploiement s'étendant sur une douzaine d'années. À cela s'ajoute le défi de l'acceptabilité sociale, marquée par la persistance des craintes liées aux accidents nucléaires historiques, nécessitant une communication transparente auprès des populations.
Un nouveau cadre financier international
Le paysage du financement a connu un tournant décisif en juin 2025 avec la signature d'un accord inédit entre l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et la Banque mondiale. Ce partenariat lève un verrou historique en permettant un soutien technique et financier accru pour le nucléaire civil dans les pays en développement. Cette dynamique facilite désormais l'accès aux ressources nécessaires pour structurer des programmes nationaux, en mettant l'accent sur le transfert de compétences et l'accélération des projets de SMR.
Vers un mix énergétique diversifié
Pour les experts, le nucléaire ne constitue pas une solution miracle, mais un complément stratégique à long terme. Il est envisagé comme un pilier venant renforcer les capacités solaires et hydroélectriques déjà existantes. La réussite de cette transition énergétique dépendra toutefois de la capacité des États à maintenir un rythme soutenu dans la formation des cadres et la mise en place de cadres réglementaires rigoureux, indispensables pour sécuriser ces investissements sur le long terme.