Leila Djansi critique l'appel aux dons du Fonds du film ghanéen

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 33 lectures
Leila Djansi critique l'appel aux dons du Fonds du film ghanéen

La réalisatrice ghanéenne-américaine Leila Djansi a critiqué l’appel aux dons lancé par l’Autorité nationale du film (NFA) pour alimenter le Fonds du film ghanéen. Selon elle, cette démarche reflète une absence de structures permettant à l’industrie cinématographique locale de générer des revenus de manière autonome, sans dépendre de contributions publiques.

Dans une publication sur Facebook, elle a souligné que solliciter des dons auprès des Ghanéens n’était pas la solution, alors que les mécanismes nécessaires à la viabilité commerciale du secteur n’ont pas été mis en place. Elle a interrogé les fondements de cette stratégie en ces termes : « Pourquoi demander aux Ghanéens de donner plutôt que d’utiliser les allocations gouvernementales pour générer davantage de fonds ? »

Pour Djansi, un fonds cinématographique doit fonctionner comme un levier d’investissement capable de se renouveler, et non comme une œuvre caritative dépendante de la générosité du public. Elle a insisté sur la nécessité de créer des cadres permettant à l’industrie de produire des films rentables avant de solliciter un soutien extérieur.

La cinéaste a également rejeté l’idée que YouTube puisse constituer une solution économique durable pour le secteur. Elle a rappelé que cette plateforme n’est qu’un outil de diffusion, et non un modèle économique capable de soutenir un fonds public. Par ailleurs, elle a mis en garde contre le risque de reproduire le modèle nigérian, estimant que les réalités des deux marchés diffèrent profondément.

Selon elle, le Ghana ne dispose ni de la population, ni de l’écosystème de célébrités, ni des réseaux de distribution ou de la taille d’audience du Nigeria. Elle a donc plaidé pour une approche adaptée aux spécificités locales, plutôt qu’une imitation des stratégies étrangères. Djansi a proposé d’utiliser le Fonds du film pour attirer des productions internationales en offrant des incitations fiscales compétitives et des subventions conditionnées à des seuils de dépenses minimales.

Elle a évoqué des exemples internationaux, comme les programmes d’incitations fiscales aux États-Unis, où certains États proposent des crédits d’impôt attractifs pour les tournages. Selon elle, ces mécanismes permettraient de générer des revenus indirects pour le pays, via les dépenses des productions étrangères en hébergement, transport, restauration, construction ou encore en recrutant des équipes locales. Ces retombées pourraient ensuite être réinvesties dans le Fonds du film, créant ainsi un cercle vertueux plutôt qu’un cycle de collecte de fonds.

Ses prises de position s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la nécessité de structurer l’industrie avant d’y injecter des financements publics. Elle avait déjà défendu cette idée dans un article d’opinion publié en mars 2025, où elle appelait à « consolider les fondations avant de financer l’industrie cinématographique ghanéenne ». Lors d’une interview l’an dernier, elle avait également exprimé ses réserves quant à la création d’un fonds sans système de distribution viable, jugeant que la dépendance à YouTube ne constituait pas un modèle économique durable pour les réalisateurs ghanéens.

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