À l'approche des élections législatives du 23 septembre au Maroc, la multiplication des promesses de construction d'infrastructures locales par les candidats ravive le débat sur la nature du mandat parlementaire. Cette pratique, qui brouille les frontières entre les compétences des élus et celles de l'exécutif, soulève des enjeux majeurs de transparence et de crédibilité institutionnelle.
Une confusion entre missions législatives et gestion locale
La Constitution marocaine, en son article 70, définit strictement le rôle du Parlement : voter les lois, contrôler l'action gouvernementale et évaluer les politiques publiques. Pourtant, sur le terrain, de nombreux prétendants à la Chambre des représentants promettent la réalisation de routes, d'écoles ou de dispensaires. Cette surenchère, bien que destinée à répondre aux attentes immédiates des populations, s'éloigne des prérogatives constitutionnelles des députés, créant un décalage structurel entre le discours électoral et la réalité du pouvoir législatif.
Le déficit d'expertise dans les programmes partisans
Pour les observateurs, cette situation révèle une faiblesse dans l'encadrement technique des campagnes. Selon la chercheuse en sciences politiques Maryam Ablil, le manque de recours à des experts en droit public ou en communication politique empêche les partis de proposer des programmes cohérents. Cette lacune est aggravée par une tendance des formations politiques à élaborer des projets comme si elles étaient assurées de diriger la future majorité gouvernementale, ignorant leur poids politique réel et les limites de leur mandat.
Le risque d'une érosion de la confiance citoyenne
Au-delà de la question juridique, cette pratique comporte un risque politique à moyen terme. L'universitaire Rachid Lazrak souligne que si ces promesses servent d'outils de mobilisation, elles alimentent une défiance durable envers les institutions lorsque les engagements ne sont pas tenus. La légitimité démocratique, fondée sur des élections « libres, sincères et transparentes » selon l'article 11 de la Constitution, se trouve fragilisée par ce décalage entre les attentes créées et les capacités réelles des élus.
Vers une nécessaire clarification du débat public
Le défi réside désormais dans la capacité des partis à éduquer l'électorat sur les missions réelles du Parlement. Si la liberté de parole est un pilier du processus électoral, les experts rappellent qu'elle doit s'accompagner d'une exigence de probité. La distinction entre un programme politique évaluable et une promesse déconnectée des réalités institutionnelles et financières devient un point de vigilance essentiel pour garantir la sincérité du scrutin et la qualité du débat démocratique national.