Les autorités nigérianes et américaines ont lancé une investigation conjointe pour faire la lumière sur la gestion des fonds alloués aux programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose au Nigeria. Cette collaboration entre la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) et le FBI fait suite à des soupçons de détournements et d'irrégularités financières constatés après l'arrêt de certains programmes financés par Washington en 2025.
Une coopération bilatérale pour tracer les flux financiers
La décision d'ouvrir cette enquête a été actée lors d'une rencontre à Lagos entre des responsables de l'EFCC et une délégation du FBI, menée par l'attaché adjoint Macus Maccain. L'objectif est d'établir une collaboration durable pour identifier les organisations ayant bénéficié de ces financements et vérifier l'usage réel des sommes versées. Bawa Kaltungo, directeur zonal par intérim de l'EFCC, a confirmé que ses services allaient retracer les flux financiers à travers tous les États nigérians où les structures incriminées opéraient, afin de déterminer si les fonds ont été détournés ou mal gérés.
Des irrégularités budgétaires au cœur des soupçons
Les investigations se concentrent sur des anomalies relevées par l'Office de l'inspecteur général du département d'État américain. Jeremy Kennon, agent spécial, a souligné que des examens préliminaires ont mis en évidence des budgets gonflés et d'autres irrégularités financières, notamment dans l'État de Kano. Ces centres de soins, qui assuraient le suivi des patients séropositifs, sont au centre des préoccupations des enquêteurs, qui cherchent désormais à établir si ces pratiques frauduleuses sont isolées ou systémiques.
L'impact humanitaire d'une suspension de fonds
Cette affaire intervient dans un contexte de crise pour les services de santé nigérians. La suspension de l'aide américaine en 2025 a déjà entraîné la fermeture ou la perturbation de plus de 80 centres de soins spécialisés, compromettant des décennies de progrès dans la lutte contre les maladies infectieuses. Entre 2022 et 2024, l'USAID avait pourtant investi environ 2,8 milliards de dollars dans le système de santé nigérian. Aujourd'hui, la rupture de la chaîne de soins pousse certains patients à se tourner vers des solutions alternatives, telles que la médecine traditionnelle ou les guérisseurs, faute d'accès aux traitements antirétroviraux conventionnels.