La Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) du Nigeria a annoncé l'abandon des poursuites judiciaires engagées contre Maryam Shehu, étudiante à l'université de Bayero, et Abubakar Abdulhamid. Cette décision intervient après une mobilisation citoyenne et des critiques virulentes d'experts juridiques dénonçant un usage abusif des prérogatives de l'institution pour des affaires de diffamation présumée sur les réseaux sociaux.
Une remise en liberté suspendue aux aléas judiciaires
Bien que le président de l'EFCC, Ola Olukoyede, ait ordonné le retrait des charges, la libération effective des deux suspects reste entravée par des contraintes procédurales. Le juge en charge du dossier, Joyce Abdulmalik, n'ayant pas siégé le jour suivant l'annonce, les prévenus demeurent en détention dans les centres correctionnels de Kuje et Suleja. Cette situation soulève des inquiétudes quant à la scolarité de l'étudiante, qui risque de manquer ses examens de fin d'année, poussant les observateurs à demander aux autorités universitaires de prévoir des mesures exceptionnelles pour compenser ce préjudice.
Le débat sur les limites du mandat de l'EFCC
L'affaire a mis en lumière une fracture profonde entre l'agence et la communauté juridique nigériane. Plusieurs avocats, dont Hamza Dantani, ont publiquement contesté la compétence de l'EFCC à traiter des litiges liés à la diffamation, arguant que ces derniers ne relèvent pas de la criminalité économique ou financière. Les critiques portent également sur la pratique de l'agence consistant à publier les photographies des suspects avant toute condamnation, une méthode jugée attentatoire à la présomption d'innocence et à la dignité humaine.
Des allégations de corruption en toile de fond
Au-delà de la question de la liberté d'expression, le dossier révèle des tensions internes. Maryam Shehu avait notamment formulé des accusations de corruption à l'encontre d'un directeur zonal de l'EFCC, affirmant qu'il aurait perçu des fonds indus. Des juristes, tels qu'Abba Hikima, ont appelé le procureur général de la Fédération à intervenir pour garantir que ces allégations soient traitées par une enquête indépendante, soulignant que l'EFCC ne doit pas se transformer en un tribunal privé pour régler des différends réputationnels.
Le cadre légal de la discorde
Les poursuites initiales s'appuyaient sur la loi de 2015 relative à la cybercriminalité, l'EFCC accusant les deux individus d'avoir cherché à ternir son image par des publications mensongères. Si l'agence maintient sa volonté de lutter contre le chantage et la désinformation, cet épisode marque un tournant dans la surveillance citoyenne des institutions publiques, forçant le régulateur à réévaluer l'équilibre entre la protection de son intégrité institutionnelle et le respect des droits constitutionnels des citoyens.