Le mariage des enfants demeure un frein majeur au développement du capital humain sur le continent africain, avec des conséquences économiques et sociales dévastatrices. Obiageli Ezekwesili, ancienne ministre nigériane de l'Éducation, exhorte les États à placer l'apprentissage fondamental au cœur des politiques de protection des jeunes filles pour enrayer ce phénomène.
Un enjeu économique et social critique
Les données récentes soulignent l'ampleur de la crise : l'Afrique subsaharienne affiche le taux de prévalence le plus élevé au monde, avec 31 % des filles mariées avant l'âge de 18 ans. Au Nigeria, cette réalité prend des proportions d'urgence nationale, notamment dans certaines régions du Nord comme l'État de Jigawa, où 78 % des femmes ont été mariées avant leur majorité. Au-delà du drame humain, le coût de l'inaction est colossal. Selon le Center for Global Development, le manque à gagner en productivité et les risques sanitaires associés au mariage précoce pourraient coûter près de 2 500 milliards de dollars à l'économie mondiale d'ici 2040.
L'école comme rempart contre le mariage précoce
La corrélation entre scolarisation et recul du mariage des enfants est formellement établie. Chaque année supplémentaire d'études secondaires réduit significativement la probabilité qu'une jeune fille soit mariée avant 18 ans. Toutefois, l'accès à l'école ne suffit pas si l'apprentissage n'est pas effectif : 89 % des enfants en Afrique subsaharienne souffrent de « pauvreté d'apprentissage », étant incapables de lire et de comprendre un texte simple à dix ans. Cette lacune initiale conduit inévitablement au décrochage scolaire, exposant les filles à un risque accru de mariage précoce.
Feuille de route pour les gouvernements africains
Dans le cadre de la Décennie de l'Union africaine pour l'éducation (2025–2034), Human Capital Africa préconise une approche structurée pour inverser la tendance. Les recommandations incluent la généralisation de méthodes pédagogiques éprouvées pour garantir la maîtrise de la lecture avant dix ans et la suppression des barrières financières — frais de scolarité, uniformes, transports — pour faciliter la transition vers le secondaire. L'enjeu est également législatif et budgétaire : il est impératif de faire respecter l'âge légal de 18 ans pour le mariage tout en mobilisant des financements nationaux pérennes. La réussite de cette décennie sera mesurée par la capacité des États à maintenir les filles à l'école, transformant ainsi chaque salle de classe en un espace de protection de l'enfance.