L'économiste Ndongo Samba Sylla, directeur de recherche au sein d'IDEAs, exprime un scepticisme marqué face à la restructuration de la dette sénégalaise négociée avec le Fonds monétaire international (FMI). Selon lui, cette démarche institutionnelle occulte les responsabilités passées et propose des remèdes structurellement inadaptés aux réalités monétaires du pays.
La responsabilité des institutions de Bretton Woods
Pour l'économiste, le FMI ne peut se dédouaner de la situation actuelle. Il rappelle qu'un rapport produit par l'institution elle-même dès 2019 alertait déjà sur la fragmentation des données et la mauvaise comptabilisation des stocks de dette, incluant des garanties étatiques non intégrées au cadre budgétaire. En omettant d'intervenir alors que la trajectoire d'endettement était jugée insoutenable par plusieurs chercheurs, le FMI aurait, selon M. Sylla, favorisé une forme d'impunité pour les acteurs ayant orchestré cette opacité financière.
L'inadéquation des solutions face au déficit de devises
Au-delà de la question de la dette cachée, Ndongo Samba Sylla remet en cause la logique des mesures d'ajustement préconisées. Il souligne que le problème fondamental du Sénégal réside dans son besoin de devises étrangères pour honorer ses engagements. Or, les politiques de réduction des dépenses publiques et d'augmentation de la pression fiscale, menées en monnaie locale, ne permettent pas de générer les dollars nécessaires au remboursement de la dette extérieure. Cette approche est qualifiée par l'expert de « bête et méchante », car elle ignore la contrainte structurelle de la balance des paiements.
La continuité administrative au cœur des critiques
Un autre point de friction soulevé par l'économiste concerne la gestion interne des finances publiques. Il s'inquiète de la persistance de l'administration financière en place sous le précédent régime. Malgré l'alternance politique, ce sont les mêmes cadres, associés à la période de constitution de la dette cachée, qui continuent d'opérer. Cette continuité administrative soulève, selon lui, des interrogations sur la capacité réelle du pays à assainir ses comptes et à rompre avec les pratiques ayant conduit à la crise actuelle.