Le Dr Ishmael Yamson, économiste et président du conseil d'administration de MTN Ghana, a récemment qualifié les difficultés économiques de l'Afrique du Sud de « faillite de l'État ». Selon lui, le discours politique visant à rendre les migrants responsables de la crise actuelle est une stratégie de diversion qui occulte une gestion structurelle défaillante du pays.
Une lecture erronée des causes économiques
Pour le Dr Yamson, l'idée que le départ des ressortissants étrangers résoudrait les problèmes socio-économiques sud-africains est infondée. Il soutient que les défis actuels sont le résultat d'une mauvaise gouvernance économique prolongée. L'économiste souligne un paradoxe historique : alors que le pays dispose d'un héritage économique hérité de la période post-apartheid, les indicateurs actuels témoignent d'une dégradation de la situation, poussant les autorités à désigner des boucs émissaires plutôt qu'à engager des réformes structurelles nécessaires.
Le risque pour l'intégration continentale
Au-delà de la situation intérieure, ces tensions sociales menacent directement les ambitions panafricaines. Le Dr Yamson s'interroge sur la viabilité de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) si la libre circulation des personnes est entravée par des violences xénophobes. Il rappelle que le commerce ne peut se concevoir sans mobilité humaine, soulignant une contradiction majeure : vouloir stimuler les échanges économiques tout en rejetant les populations qui en sont les vecteurs essentiels.
Le rappel historique de la solidarité ghanéenne
L'économiste a également mis en perspective le rôle historique du Ghana dans le soutien aux mouvements de libération africains. Il a rappelé que le pays a investi des ressources significatives pour former des combattants de la liberté venus de toute l'Afrique, y compris d'Afrique du Sud, durant la lutte contre l'apartheid. Il a cité l'exemple de l'appui technique fourni par des entreprises ghanéennes, comme Unilever, pour aider à structurer le secteur privé sud-africain après la chute du régime ségrégationniste. Cette solidarité passée rend, selon lui, les violences actuelles contre les ressortissants africains d'autant plus préoccupantes.
Une gestion des flux migratoires en question
Le Dr Yamson a vivement critiqué les méthodes employées pour expulser les migrants, qu'il juge violentes et indignes. En comparaison, il a évoqué l'expérience du Ghana, qui, bien que confronté à des enjeux migratoires, a privilégié des procédures administratives permettant aux étrangers de régulariser leur situation ou de quitter le territoire de manière ordonnée. Pour l'expert, le recours à des actions violentes par des groupes incontrôlés ternit l'image de l'Afrique du Sud et fragilise la cohésion nécessaire au développement du continent.