Le Zimbabwe ambitionne de transformer son secteur agricole en misant sur la myrtille, une culture à haute valeur ajoutée désormais tournée vers le marché chinois. Si l'ouverture de ce débouché majeur représente une opportunité stratégique, la filière peine à franchir un cap industriel en raison de conditions de financement restrictives.
L'ouverture du marché chinois comme levier de croissance
Depuis juillet, le Zimbabwe a officiellement intégré le marché chinois pour ses exportations de myrtilles, concrétisant un accord phytosanitaire signé l'année précédente. Cette dynamique est renforcée par la décision de Pékin, prise en mai, de supprimer les droits de douane sur les produits issus de 53 pays africains. Pour les producteurs locaux, déjà présents en Europe et au Moyen-Orient, la Chine représente un relais de croissance indispensable pour absorber une production en pleine expansion.
Le défi des investissements en capital
La montée en puissance de la filière se heurte à une réalité économique complexe : le coût d'installation. Chaque nouvel hectare de myrtilles nécessite un investissement d'environ 50 000 dollars pour couvrir les besoins en irrigation, en infrastructures de stockage et en équipements énergétiques. Le Conseil pour le développement de l'horticulture (HDC) alerte sur la difficulté d'accéder à des crédits abordables. Les taux d'intérêt élevés, hérités des crises monétaires successives, limitent la capacité des exploitants à moderniser leurs outils de production et à sécuriser la chaîne du froid.
Vers une diversification du paysage agricole
Le Zimbabwe, qui demeure le premier producteur africain de tabac avec 355 000 tonnes en 2025, cherche activement à diversifier ses sources de revenus extérieurs. Le secteur de la myrtille, qui devrait atteindre 12 000 tonnes exportées cette année sur 850 hectares, est perçu comme un vecteur de transformation sociale. Selon Clarence Mwale, président de l'Association d'import-export des exploitants agricoles, l'attraction de capitaux à long terme pourrait permettre une plus grande inclusion des agriculteurs noirs dans cette filière, traditionnellement dominée par de grands exploitants historiques.
Des perspectives conditionnées par la structure économique
Si la volonté de croissance est réelle, la pérennité de cette stratégie dépendra de la capacité du pays à attirer des investissements structurants. Les producteurs réclament des incitations fiscales ciblées, notamment pour l'adoption de l'énergie solaire et l'amélioration des infrastructures logistiques. Sans une réforme de l'accès au crédit, le secteur risque de plafonner, limitant ainsi l'impact de l'ouverture du marché chinois sur l'économie nationale.