Le Nigeria fait face à une mutation significative de sa masse monétaire, marquée par une hausse spectaculaire des liquidités détenues en dehors du circuit bancaire traditionnel. Entre août 2023 et août 2026, ce volume a plus que doublé, atteignant 4,874 billions de nairas, une tendance qui interroge la capacité des banques à assurer leur rôle d'intermédiation financière.
Une progression constante de la circulation fiduciaire
Les données de la Banque centrale du Nigeria révèlent une croissance ininterrompue de la monnaie fiduciaire hors banques sur la période triennale. Partant de 2,223 billions de nairas en août 2023, ce montant a connu une poussée initiale de 74 % en 2024, avant de voir son rythme de progression s'atténuer progressivement, passant à 15 % en 2025 puis à 10,6 % en 2026. Malgré ce ralentissement relatif, la croissance annuelle composée s'établit à environ 30,3 %, témoignant d'une préférence persistante des agents économiques pour la détention de cash.
La trajectoire contrastée des réserves bancaires
Parallèlement, les réserves des banques commerciales ont suivi une dynamique différente. Après deux années de forte croissance, marquées par une hausse de 35,6 % en 2024 et de 35,2 % en 2025, le secteur a enregistré un léger repli de 2,2 % en août 2026, ramenant le total des réserves à 30,067 billions de nairas. Néanmoins, sur l'ensemble des trois années, ces réserves affichent une progression globale de 79,3 %, soit une augmentation nette de 13,298 billions de nairas par rapport au niveau d'août 2023.
Les enjeux pour l'intermédiation financière
L'écart entre la croissance des liquidités hors banques et celle des réserves bancaires constitue un point de vigilance pour les analystes financiers. La persistance d'une part importante de la masse monétaire en dehors du système bancaire limite mécaniquement les ressources disponibles pour le crédit et l'investissement. Si les banques conservent une base de réserves nettement supérieure à celle de 2023, la fuite des liquidités vers l'économie informelle ou la thésaurisation directe réduit l'efficacité de l'intermédiation bancaire, un levier pourtant essentiel au financement de l'économie nigériane.