La Chambre de commerce internationale (CCI) a rendu une sentence arbitrale rejetant les prétentions de la société Sunrise Power and Transmission Company Limited dans le cadre du litige l'opposant à l'État nigérian sur le projet hydroélectrique de Mambilla. Cette décision écarte une exposition financière potentielle de plus de 3,38 milliards de dollars pour le Nigeria, tout en mettant en lumière des zones d'ombre persistantes sur l'attribution initiale du contrat.
Des transactions financières sous haute surveillance
Au cœur de la procédure, le tribunal s'est penché sur un virement de 500 000 dollars effectué en janvier 2003 par Leno Adesanya, promoteur de Sunrise, vers un compte bancaire appartenant à l'épouse de l'ancien vice-président Atiku Abubakar. Bien que M. Adesanya ait soutenu qu'il s'agissait d'une opération de change légitime, le tribunal a conclu à l'absence totale de preuves documentaires ou testimoniales pour corroborer cette version. La chronologie des faits, située quelques mois avant l'attribution du contrat Mambilla, a conduit les arbitres à qualifier ces mouvements de fonds de « signaux d'alerte significatifs ».
L'ombre des soupçons sur l'attribution du contrat
Le tribunal a également examiné des versements ultérieurs totalisant environ 15 000 dollars destinés à l'ancien ministre de l'Énergie et de l'Acier, Olu Agunloye, via un intermédiaire. Si le tribunal a souligné qu'aucune preuve directe ne démontre que l'ancien vice-président a formellement usé de son influence pour favoriser Sunrise, il a néanmoins affirmé ne pas pouvoir exclure un lien entre ces flux financiers et le rôle central joué par les autorités de l'époque dans le pilotage du projet Mambilla entre 2001 et 2003.
Un projet miné par des décennies de contentieux
Le projet hydroélectrique de Mambilla, conçu pour une capacité de 3 050 MW, est au centre d'une bataille juridique complexe depuis plus de vingt ans. L'attribution du contrat initial en 2003 par le ministre Agunloye, sans l'approbation formelle du Conseil exécutif fédéral, a constitué le point de départ de nombreuses contestations. Après une tentative de règlement amiable à hauteur de 200 millions de dollars, Sunrise avait multiplié les réclamations, portant le litige devant la CCI en 2017. La sentence rendue jeudi met un terme à ces demandes indemnitaires, marquant une étape décisive dans ce dossier emblématique des défis de gouvernance liés aux grands projets d'infrastructure au Nigeria.