Le tribunal des flagrants délits de Dakar a rendu son verdict dans l'affaire opposant l'influenceur Papa Saliou Ciss, connu sous le pseudonyme de Keylor, à la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation. Cette décision judiciaire souligne les limites légales de la création de contenu numérique lorsqu'elle porte atteinte à la vie privée et attise des tensions sociales au sein du tissu commercial sénégalais.
Les fondements juridiques de la condamnation
Papa Saliou Ciss a été reconnu coupable de plusieurs infractions liées à ses activités sur la plateforme TikTok, notamment la collecte illicite de données personnelles et l'atteinte à la vie privée. Le tribunal a également retenu le chef d'accusation d'incitation à la discrimination ou à la haine raciale. Si le ministère public avait initialement requis trois mois de prison ferme, la juridiction a finalement prononcé une peine de six mois d'emprisonnement, dont quinze jours ferme, déboutant par ailleurs la Fédération nationale des boutiquiers de ses demandes de dommages et intérêts.
L'origine du litige dans les commerces dakarois
Le conflit trouve sa source dans des vidéos publiées par l'influenceur, filmées au sein de commerces sans le consentement des propriétaires. Dans ces séquences, Keylor mettait en cause la disponibilité de certaines marques d'eau locales et suggérait l'existence d'un boycott des produits sénégalais par des commerçants étrangers. Ces publications ont provoqué une vive réaction de la part de la Fédération nationale des boutiquiers, menant à l'interpellation de l'intéressé par la Sûreté urbaine de Dakar le 23 octobre dernier.
La défense face aux accusations de xénophobie
Lors de l'audience, Papa Saliou Ciss a réfuté toute intention xénophobe, affirmant que sa démarche visait exclusivement à promouvoir la consommation de produits fabriqués au Sénégal. Il a toutefois admis avoir enfreint les règles relatives au droit à l'image et à la vie privée en filmant l'intérieur des boutiques sans autorisation préalable. Ayant été placé sous mandat de dépôt dès son interpellation, la partie ferme de sa peine était, au moment du verdict, quasiment intégralement purgée, marquant la fin d'une séquence judiciaire qui interroge la responsabilité des créateurs de contenu dans l'espace public numérique.