Le secteur du travail domestique, pilier essentiel des économies modernes, demeure le théâtre d'inégalités structurelles profondes. Selon un récent rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT), les travailleuses domestiques perçoivent en moyenne seulement 48 % du salaire des autres salariés, une disparité qui souligne la dévalorisation persistante des métiers du soin et de l'entretien.
Une fracture salariale genrée
Les données de l'OIT mettent en lumière un écart significatif entre les genres au sein même de ce secteur. Si les hommes employés dans le travail domestique gagnent environ 65,8 % du salaire moyen des autres professions, les femmes, qui représentent 77,2 % de la main-d'œuvre domestique mondiale, plafonnent à 48 %. Cette concentration des femmes dans des tâches de nettoyage et de soin direct, souvent perçues comme moins qualifiées, contribue à maintenir ces travailleuses dans une vulnérabilité économique chronique.
Le poids de l'informalité
La précarité du secteur est exacerbée par une informalité massive. Sur les 80 millions de travailleurs domestiques recensés dans le monde — un chiffre en hausse depuis 2019 — 83,1 % évoluent en dehors de tout cadre formel. Cette absence de protection sociale et juridique se traduit par des conditions de travail éprouvantes : plus d'un tiers des effectifs effectue une semaine de travail d'au moins 49 heures, tandis que 14,6 % dépassent le seuil des 60 heures hebdomadaires. Le salaire moyen des travailleurs informels, fixé à 48,7 % du revenu moyen des autres secteurs, illustre le coût direct de cette absence de régulation.
L'impératif d'une régulation renforcée
Face à ce constat, l'OIT appelle les États à une application rigoureuse de la Convention n° 189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques. L'enjeu est double : il s'agit d'étendre la protection sociale et de garantir des conditions de travail décentes par le renforcement du droit du travail et la promotion du dialogue social. Patrick Belser, responsable de la branche Travail informel à l'OIT, souligne que la valorisation réelle des métiers du soin passe nécessairement par une traduction concrète des droits fondamentaux en protections effectives, afin de réduire l'écart salarial et de sortir le secteur de l'informalité.