La situation d'El Hadji Maguette Guèye, détenu sénégalais au Maroc, illustre les lenteurs persistantes dans l'application des accords de transfèrement entre Dakar et Rabat. Malgré son inscription sur une liste officielle de bénéficiaires potentiels, le prisonnier demeure dans l'attente d'un rapatriement qui tarde à se concrétiser.
Une détention marquée par l'isolement linguistique et social
Incarcéré depuis près de trois ans et cinq mois après une condamnation à dix ans de prison pour trafic de migrants, El Hadji Maguette Guèye décrit des conditions de vie éprouvantes. Seul ressortissant sénégalais et unique détenu noir au sein d'une cellule de seize personnes, il fait face à une barrière linguistique majeure. L'absence de maîtrise de l'arabe par les autorités pénitentiaires entrave ses échanges quotidiens, le contraignant à dépendre d'intermédiaires pour communiquer ses besoins essentiels. Cette précarité est accentuée par une autonomie financière limitée, les transferts de fonds familiaux ne couvrant que partiellement ses besoins alimentaires de base.
L'application laborieuse de la convention de 2004
Le cas de M. Guèye s'inscrit dans une mobilisation plus vaste portée par le Collectif national des parents de détenus sénégalais au Maroc. Ces familles s'appuient sur une convention d'assistance judiciaire et de transfèrement signée en 2004 entre les deux États, dont la ratification par le Sénégal est intervenue en 2025. Ce cadre juridique est censé permettre aux condamnés de purger leur peine dans leur pays d'origine, une mesure humanitaire et diplomatique visant à faciliter la réinsertion des citoyens concernés.
L'impasse administrative après l'avis favorable
Bien que les autorités marocaines aient émis un avis favorable pour le transfèrement d'une cinquantaine de détenus, la mise en œuvre concrète reste au point mort. En juin 2025, une liste nominative de 57 Sénégalais éligibles avait été rendue publique, incluant M. Guèye. Plus d'un an après cette annonce, les personnes concernées n'ont reçu aucune information sur le calendrier ou les modalités de leur transfert. Cette absence de visibilité laisse les familles et les détenus dans une incertitude prolongée, alors même que les fondements juridiques du rapatriement semblent, sur le papier, consolidés par les deux gouvernements.