Le Théâtre du Point du Jour à Lyon propose une réflexion sur l'exil à travers le dialogue scénique entre le journaliste ivoirien Soro Solo et la metteuse en scène russe Tatiana Frolova. Ce projet, intitulé « Rebelles en exil », interroge les conséquences personnelles et politiques du départ forcé de son pays d'origine.
Une mise en scène de l'actualité par le prisme de l'exil
Depuis 2020, le Théâtre du Point du Jour porte le projet « Grand ReporTERRE », une initiative visant à croiser les regards d'artistes et de journalistes sur des enjeux de société contemporains. Pour cette douzième édition, la scène devient le lieu d'une confrontation entre deux parcours marqués par la rupture. Soro Solo, figure du journalisme ivoirien, et Tatiana Frolova, fondatrice du théâtre indépendant KnAM en Russie, partagent leurs expériences de l'exil, imposé par des contextes politiques et sécuritaires devenus insoutenables dans leurs nations respectives.
Le poids des faits face à la mémoire
Pour Soro Solo, l'exil est indissociable de la crise politique ivoirienne de 2002, marquée par l'assassinat de ses cousins. Sur scène, le journaliste refuse le pathos, préférant exposer les faits bruts pour laisser le spectateur libre de sa propre réception émotionnelle. Cette approche clinique de la tragédie personnelle permet de transformer un traumatisme individuel en un témoignage universel sur les conséquences de l'instabilité politique.
La transmission et l'identité en question
Tatiana Frolova, qui a quitté la Russie en 2022 suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, explore quant à elle la complexité du lien à la patrie. Entre la censure subie par son théâtre et les tensions familiales nées de ses choix politiques, elle interroge ce qu'il reste de l'identité nationale une fois l'exil acté. La scénographie, composée d'objets personnels emportés par les deux protagonistes, matérialise cette transition. En invitant le public à déposer lui-même un objet symbolique, le spectacle cherche à créer un espace de dialogue où les histoires individuelles s'entremêlent pour former une réflexion collective sur le déracinement.