Le Tchad traverse une période de vulnérabilité accrue où la raréfaction des ressources naturelles, couplée à une démographie galopante, fragilise l'équilibre entre agriculteurs et éleveurs. Cette tension sur le foncier, aggravée par des aléas climatiques sévères, menace non seulement la production agricole nationale mais aussi la stabilité sociale des zones rurales.
Une pression foncière au cœur des violences communautaires
La compétition pour l'accès aux terres arables et aux zones de pâturage est devenue une source majeure de conflits meurtriers. Alors que le pays s'affirme comme une puissance pastorale majeure — avec plus de 156 millions de têtes de bétail et un cheptel camelin de premier plan — l'appauvrissement des sols et la sécheresse poussent les agriculteurs à défricher de nouvelles terres. Cette dynamique réduit les espaces disponibles pour le bétail, provoquant des affrontements violents, comme en témoignent les drames survenus à Oregom et Madakaou, où des dizaines de vies ont été perdues.
Le défi démographique et l'exode rural
La pression sur l'espace vital est amplifiée par une croissance démographique rapide. Selon les données de l'INSEED, la population tchadienne a atteint 20 031 602 habitants en 2026, marquant une augmentation de près de 8,8 millions de personnes depuis 2009. Cette poussée démographique, conjuguée à la dégradation environnementale et à la demande croissante en bois de chauffage, accélère la désertification. Ce contexte pousse de nombreux ruraux à l'exode vers les centres urbains, privant les campagnes de leur force de travail essentielle.
Vers une nécessaire mutation des politiques agricoles
Face au risque de famine lié à l'insuffisance des précipitations, le gouvernement a instauré une interdiction d'exporter les céréales pour préserver les stocks nationaux. Toutefois, cette mesure conjoncturelle ne suffit pas à résoudre les problèmes structurels. L'enjeu pour les autorités est désormais de réduire la dépendance des paysans aux eaux pluviales et de mettre en place des stratégies d'adaptation climatique robustes. La survie du modèle nourricier tchadien dépendra de la capacité de l'État à sécuriser le foncier et à moderniser les pratiques agricoles pour amortir les chocs environnementaux.