Le système éducatif marocain est le théâtre d'un nouveau bras de fer entre le ministère de l'Éducation nationale et le Syndicat des administrateurs pédagogiques. En cause : une directive imposant la saisie quotidienne et en temps réel des absences des élèves sur la plateforme numérique « Massar », une mesure jugée inapplicable par les cadres administratifs en raison de la dégradation des conditions de travail et du manque criant de ressources humaines.
Un refus motivé par l'épuisement des structures
Le syndicat dénonce une injonction déconnectée de la réalité du terrain. Selon Kamal Benamer, secrétaire national de l'organisation, les établissements scolaires ont été progressivement vidés de leurs structures de soutien administratif, comme les anciens « bureaux des absences ». Cette mission, autrefois déléguée à des agents spécialisés, incombe désormais à des personnels déjà surchargés, tels que les surveillants généraux ou les enseignants dans le primaire. Pour le syndicat, exiger une saisie électronique systématique sans fournir les effectifs nécessaires relève de l'improvisation et aggrave l'épuisement professionnel des cadres.
Déficit de ressources et vacance des postes
La grogne syndicale souligne une crise structurelle plus profonde. De nombreux collèges et lycées fonctionnent aujourd'hui avec des effectifs réduits, certains établissements étant gérés par un seul responsable administratif ou par des enseignants détachés de leurs fonctions premières. Cette gestion par intérim, couplée à un manque de formation spécifique, fragilise le fonctionnement quotidien des écoles. Le syndicat pointe du doigt un décalage persistant entre les discours officiels sur la gouvernance et la réalité d'un système où les postes vacants ne sont pas pourvus.
Inquiétudes sur le programme des « écoles pionnières »
Au-delà du boycott de la plateforme Massar, le syndicat exprime de vives préoccupations concernant la mise en œuvre du programme des « écoles pionnières ». L'organisation rapporte un déficit important d'enseignants au sein de ces établissements, ce qui compromet les séances de soutien intensif promises aux élèves. À cela s'ajoutent des retards dans les travaux de réhabilitation, qui perturbent le déroulement des activités pédagogiques en ce début d'année scolaire. Face à ces dysfonctionnements, les administrateurs pédagogiques maintiennent leur position : ils refusent toute nouvelle charge administrative tant que les conditions minimales de gestion et de gouvernance ne seront pas rétablies par la tutelle.