Le terme « Sud global » a gagné en visibilité lors du vote de l'Assemblée générale sur la guerre en Ukraine, où plusieurs dizaines d'États du Sud ont choisi de ne pas suivre la position occidentale. Cette prise de distance signale l'émergence d'un bloc informel, à la fois diplomatique et économique, qui cherche à remodeler les rapports de force mondiaux.
Les faits essentiels
En mars 2022, lors du premier vote de l'Assemblée générale concernant l'invasion russe de l'Ukraine, 52 des 193 États membres des Nations unies, majoritairement d'Afrique et d'Asie, ont soit soutenu la Russie, soit s'abstenu ou étaient absents. Parmi eux figurent des puissances reconnues du Sud global comme la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Pakistan et le Sénégal. Trois ans plus tard, le même scrutin montre que 93 États ont condamné la Russie, 18 l'ont soutenue, 65 se sont abstenus et 17 étaient absents, confirmant la persistance d'un vote fragmenté au sein du Sud. Le concept, qui puise ses racines dans la décolonisation et le Mouvement des non‑alignés des années 1950, se distingue aujourd’hui par une dynamique économique, diplomatique et militaire que le MNA n’avait jamais pu atteindre.
Pourquoi c'est important
Le Sud global profite d’un contexte international multipolaire, où les États peuvent articuler leurs relations sans être contraints à un alignement binaire. Cette flexibilité se traduit par une diplomatie plus fluide et une capacité accrue à choisir des partenaires selon leurs intérêts propres. Sur le plan économique, les pays du Sud ont vu leurs poids grandir : ils siègent désormais dans les grands forums comme le G7 ou le G20, parfois en tant qu’invités, parfois comme membres à part entière. Le groupe élargi des BRICS+, issu de cette même dynamique, affiche un produit intérieur brut supérieur à celui du G7, ce qui, selon l’économiste Thomas Piketty, le place « au monde comme la classe moyenne de la planète : ceux qui ont réussi en travaillant ferme à améliorer leur condition et qui n’ont pas l’intention de s’arrêter là ». Ainsi, le Sud global ne se contente plus d’une posture marginale ; il devient un pilier incontournable des équilibres économiques mondiaux.
Ce qu'il faut surveiller
Le Sud global reste, à ce jour, une idée plutôt qu’une organisation structurée, sans frontières géographiques clairement définies. Les prochains votes à l’ONU et les forums multilatéraux seront des indicateurs clés de la cohésion de ce groupe et de son aptitude à peser sur les décisions internationales. L’évolution du BRICS+ – notamment l’intégration de nouveaux membres et la coordination de leurs politiques économiques – constituera également un point d’observation majeur. Enfin, la capacité du Sud global à maintenir son principe de multialignement, sans se laisser entraîner dans les rivalités entre grandes puissances, déterminera dans quelle mesure il pourra transformer son statut d’idée en une réalité institutionnelle durable.