Le roman "C'était ça ou mourir", écrit par l'auteur québécois d'origine haïtienne Thélyson Orélien, fait l'objet d'une controverse majeure après des accusations affirmant que l'ouvrage aurait été rédigé par une intelligence artificielle. Alors que le livre figure dans les premières sélections de prestigieux prix littéraires français, cette polémique soulève des questions fondamentales sur l'authenticité de la création artistique à l'ère des outils génératifs.
Des accusations basées sur des outils de détection
La polémique a été déclenchée par un compte anonyme sur le réseau social X, s'appuyant sur le logiciel Pangram. Selon ses concepteurs, cet outil serait capable d'identifier des textes générés par IA avec une fiabilité quasi totale. Le compte a affirmé que plusieurs passages du manuscrit présentaient des caractéristiques typiques d'une production artificielle, provoquant une onde de choc immédiate dans le milieu littéraire. Ces accusations ont rapidement été relayées, certains internautes pointant du doigt des répétitions stylistiques et des structures narratives jugées stéréotypées.
La défense de l'auteur et de son éditeur
Face à ces allégations, les éditions Grasset ont fermement démenti, qualifiant les accusations de "fake news". L'éditeur souligne la singularité de l'œuvre et rejette la validité des outils de détection, qu'il juge incapables de comprendre la profondeur d'un style littéraire. De son côté, Thélyson Orélien a réfuté tout recours à une machine, expliquant que les spécificités stylistiques relevées par ses détracteurs sont le fruit d'une "tradition littéraire haïtienne et caribéenne" marquée par l'oralité et une langue "créolisée". L'écrivain a également dénoncé des attaques à caractère raciste ayant accompagné cette polémique.
Les limites techniques et les biais des détecteurs
Le débat a également mis en lumière les limites des outils de détection d'IA. Des experts et auteurs soulignent que ces logiciels fonctionnent sur des modèles statistiques de français standard. Par conséquent, une écriture métissée, intégrant des rythmes et des structures non conventionnels, pourrait être interprétée à tort comme une production artificielle. Cette affaire illustre la difficulté pour les algorithmes de distinguer une singularité stylistique d'une génération automatique, tout en relançant le débat sur la place de l'IA dans le processus créatif.
Un enjeu pour la saison des prix littéraires
Alors que le roman a déjà séduit plus de 35 000 lecteurs, l'impact de cette controverse sur sa carrière dans les prix littéraires reste incertain. Les jurys du Goncourt, du Femina, du Médicis et du Renaudot doivent rendre leurs verdicts dans les prochaines semaines. Si le collectif à l'origine des accusations a depuis appelé à "calmer le jeu", la question de la responsabilité de l'auteur et de la nature même de l'invention littéraire demeure au centre des préoccupations des professionnels du livre.