Le sommet spatial de Paris face à la défection des géants américains et de l'Allemagne

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 30 lectures
Le sommet spatial de Paris face à la défection des géants américains et de l'Allemagne

Emmanuel Macron avait fait de ce sommet spatial international une vitrine de l'ambition européenne. À deux jours de l'ouverture, le rendez-vous prévu les 9 et 10 septembre au Grand Palais, à Paris, se heurte à plusieurs défections de taille. Des géants américains aux plus proches partenaires européens, les withdrawals posent une question directe : quelle crédibilité pour une Europe de l'espace face à la domination américaine et chinoise ?

SpaceX et Blue Origin désertent le Grand Palais

Jeudi, SpaceX d'Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos, ainsi que les start-up américaines Stoke Space et Starcloud ont annoncé l'annulation de leur participation. Selon plusieurs sources, la Maison Blanche aurait exercé des pressions pour empêcher ces entreprises de prendre part à ce premier sommet spatial international organisé en France. Cette décision prive le forum d'une vitrine technologique considérable, alors que 120 pays avaient été conviés — à l'exception notable de la Russie, de l'Iran et de la Corée du Nord.

L'absence de Berlin complique le message européen

Vendredi, c'est le chancelier allemand Friedrich Merz qui a officiellement renoncé. Coprésident pressenti du sommet aux côtés d'Emmanuel Macron, il a invoqué un agenda surchargé : discours au Bundestag, rencontre avec le président du Conseil européen Antonio Costa, puis entretien avec le président des Emirats arabes unis Mohammed bin Zayed Al-Nahyan. Son gouvernement a fait savoir qu'aucune marge ne permettait de modifier cet emploi du temps. Si les industriels allemands, à l'image d'OHB,仍将 présents, l'absence du chancelier affaiblit symboliquement le message d'unité franco-allemande que la France voulait envoyer.

Un secteur européen encore fragmenté

Derrière ces défections se dessine un constat plus structurel : le spatial européen manque de cohésion. L'exemple d'OHB est révélateur. Ce fabricant allemand de satellites, engagé dans la constellation européenne Iris² dont il vient de décrocher une commande importante, travaille simultanément avec Rheinmetall et Airbus sur un réseau militaire distinct destiné à la Bundeswehr. L'Allemagne prévoit d'investir 35 milliards d'euros d'ici 2030 dans ses capacités spatiales militaires, un montant qui nourrit les tensions avec les partenaires français. Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space et président de la commission espace du Gifas, a déploré ces initiatives redondantes, estimant que l'argent injecté dans le spatial ne devait pas alimenter une compétition intra-européenne.

Quelle ambition pour l'Europe dans l'espace ?

Malgré ce contexte difficile, le sommet conserve des enjeux concrets. Le patron de l'Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, y défend l'idée que l'Europe pourrait développer des vols habités à coût raisonnable, en augmentant son budget de seulement 10 %. Une perspective encore théorique, alors que les États-Unis visent 1.000 lancements par an d'ici 2030 et que la Chine a réussi en août la récupération du premier étage de son lanceur lourd Zhuque-3, une performance que l'Europe n'a pas encore reproduite. Le désengagement américain de certains programmes pousse désormais les Européens à questionner leur dépendance envers Washington pour l'accès à l'espace et l'exploration lunaire.

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