Le troisième sommet Russie-Afrique s'est ouvert ce mercredi 28 octobre à Moscou, réunissant une vingtaine de chefs d'État autour de Vladimir Poutine. Si l'agenda officiel affiche des ambitions économiques et culturelles, la dynamique reste structurellement dominée par les questions de défense et la stratégie d'influence russe sur le continent.
Une stratégie d'influence axée sur le Sud global
Pour Moscou, ce rendez-vous constitue un test crucial de sa stratégie d'influence. En se positionnant comme une alternative aux puissances occidentales et en dénonçant activement le néocolonialisme, la Russie cherche à consolider son statut de leader au sein du « Sud global ». Cette approche s'appuie sur un narratif historique valorisant l'absence de passé colonial russe en Afrique, un argument désormais inscrit dans la doctrine de politique étrangère du Kremlin. La popularité de la figure de Vladimir Poutine, présentée comme un défenseur des valeurs traditionnelles, demeure un levier central de cette diplomatie d'influence.
La prédominance des liens militaires et sécuritaires
Malgré les intentions affichées de diversification, les échanges économiques réels restent limités. La relation bilatérale demeure essentiellement centrée sur la sécurité et l'équipement militaire. L'héritage de la guerre froide, marqué par l'utilisation de matériels de type soviétique au sein de nombreuses armées africaines, offre à la Russie un accès privilégié à ces marchés. Au-delà de la fourniture d'armement, le déploiement de paramilitaires, notamment via l'Africa Corps, illustre une présence opérationnelle accrue. Ces forces, pilotées par le renseignement militaire russe, assurent des missions allant de la protection d'infrastructures stratégiques à des opérations de combat direct, comme au Mali.
Le défi diplomatique des combattants africains enrôlés
Un point de tension majeur plane sur les discussions : le sort des ressortissants africains enrôlés dans l'armée russe pour le front ukrainien. Des investigations, notamment celles de l'Ifri et du groupe All Eyes on Wagner, estiment que plusieurs milliers d'Africains, originaires d'une trentaine de pays, combattent sous le drapeau russe. Certains auraient été recrutés sous de fausses promesses d'emplois civils. Face à cette situation, plusieurs États africains ont entamé des démarches diplomatiques pour protéger leurs citoyens. Le Kenya, le Ghana et l'Afrique du Sud ont déjà multiplié les initiatives, allant de la demande de rapatriement des prisonniers à des interventions ministérielles directes auprès de Moscou pour endiguer ces recrutements forcés.