La déclaration commune adoptée le 12 septembre à New Delhi par les vingt et une puissances membres et partenaires des BRICS redéfinit les équilibres diplomatiques autour du dossier iranien. En ciblant explicitement l'unilatéralisme américain, ce bloc élargi conteste la stratégie de pression maximale imposée par Washington à Téhéran.
L'échec de la stratégie d'isolement américaine
Depuis le début de l'année, les États-Unis ont multiplié les initiatives pour isoler l'Iran, alternant frappes militaires et sanctions économiques sévères. L'opération « Economic Outcast », lancée fin août par le secrétaire au Trésor Scott Bessent, visait à asphyxier les circuits financiers et pétroliers iraniens. Toutefois, cette politique s'est heurtée à la résistance de puissances majeures comme la Chine et le Pakistan, qui refusent de s'aligner sur ces mesures. Parallèlement, Téhéran maintient une pression constante sur le détroit d'Ormuz, neutralisant ainsi les tentatives d'asphyxie totale.
Une coalition élargie contre l'unilatéralisme
Le sommet de New Delhi marque une rupture symbolique et politique. En adoptant un texte qui pointe directement l'administration de Donald Trump, les BRICS inversent le narratif de l'isolement iranien. Le format, qui regroupe désormais onze membres et dix partenaires associés — incluant des acteurs influents comme le Nigeria et l'Indonésie — confère à cette prise de position une portée géographique inédite. Selon l'analyse de Jean-Joseph Boillot, chercheur à l'IRIS, cette dynamique place l'Iran en position de force, le bloc validant de facto sa posture face aux pressions extérieures.
L'Inde au cœur de l'équilibre interne
La portée de cette déclaration ne doit pas être interprétée comme le simple prolongement d'un axe sino-russe. La présence de l'Inde au sein du groupe joue un rôle de contrepoids, empêchant une hégémonie chinoise sur les décisions du bloc. Cette diversité interne renforce la légitimité de la coalition, qui se présente comme un ensemble représentatif de l'Asie et de l'Afrique plutôt que comme un front anti-occidental monolithique. Si le texte adopté reste non contraignant, il impose une nouvelle réalité à Washington : toute future négociation avec Téhéran devra désormais intégrer cette coalition élargie comme un interlocuteur incontournable sur l'échiquier international.